Rendez à César...

Publié le par L'oiseau sur la branche

 

Eglise oecuménisme et politique

 

 Préparant une conférence sur la politique dans les écrits de Joseph Ratzinger/Benoît XVI, j’ai retrouvé ce texte qui date de 1987 dans sa traduction française. Il revêt aujourd’hui une signification toute particulière.

 

   Commentant le fameux Reddite : « Rendez donc à César ce qui est à César, et à dieu ce qui est à Dieu » (Mt 22, 21) Joseph Ratzinger montre que ces mots portent une remise en cause radicale d’un Etat païen qui se voulait « porteur de la suprême sacralité », « porteur d’une autorité religieuse qui pénètre jusqu’au plus intime de la conscience humaine ».  Remettre en question cette prétention totalisante était passible de la peine capitale.  En distinguant Dieu et César le Christ ouvrait un espace pour la liberté humaine.

 

   Joseph Ratzinger en tire cette leçon :

 

   « (…) là seulement où se conserve, sous quelque forme que ce soit, la dualité entre l’Etat et l’Eglise, entre l’instance sacrée et l’instance politique, se donne la condition préalable fondamentale pour la liberté. Quand l’Eglise elle-même devient Etat, la liberté se perd. Mais il est également vrai que la liberté se perd quand l’Eglise est supprimée comme entité publique et jouissant d’une influence publique. Dans ce cas, en effet, c’est l’Etat seul qui revendique l’élaboration des fondements de la morale. Dans le monde profane post-chrétien, il ne le fait plus sous la forme d’une autorité sacrée, mais d’une autorité idéologique. En d’autres termes, l’Etat devient parti. Puisqu’il ne peut plus y avoir en face de lui d’instance à un niveau indépendant, il redevient une instance totalisante. L’Etat idéologique est totalitaire. Il doit obligatoirement devenir idéologique, s’il n’existe plus en face de lui une autorité de la conscience, libre et publiquement reconnue. La totalité, le système totalitaire sont inévitables quand ce dualisme n’existe pas.

   Voilà donc la définition de la tâche fondamentale de la politique de l’Eglise, telle que je la comprends : elle doit veiller au maintien de l’équilibre d’un système dualiste, qui soit le fondement de la liberté. Pour cette raison, l’Eglise doit avoir des prétentions dans la sphère du droit public et ne peut pas simplement se retirer dans le domaine du droit privé. Mais elle doit donc aussi rester vigilante afin que l’Etat et l’Eglise demeurent séparés et que l’appartenance à l’Eglise maintienne explicitement son caractère volontaire. » (Eglise, œcuménisme et politique, Paris, Fayard, 1987, pp. 215 à 218).

 

   Quand donc nos dirigeants comprendront-ils qu’en voulant régir la totalité des aspects de nos vies, ils ne servent pas le progrès mais une régression radicale vers l’Etat païen totalitaire ?

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