Message du pape pour la journée du migrant et du réfugié, tentative de synthèse (1).

Publié le par L'oiseau sur la branche

     En janvier aura lieu, pour l'Eglise catholique, la 97° journée mondiale du migrant et du réfugié. Le Saint-Siège vient de rendre public le message que le pape délivrera à cette occasion. Le texte intégral peut être lu en cliquant dans les "pages", dans la colonne de gauche du blog. Je voudrais ici en proposer une synthèse personnelle.

 

Une dialectique des droits et des devoirs

 

Benoit-XVI-2.jpg     Un constat s'impose d'abord: le pape rappelle que si migrer est parfois une nécessité, c'est en tout état de cause d'abord un droit.

     C'est donc une exigence de justice - et non seulement une exigence de la charité - d'accueillir les réfugiés. Cet accueil ne doit pas seulement être une ouverture passive des frontières mais doit s'accompagner d'un véritable effort pour aider le réfugié à s'installer et lui permettre de contribuer au bien commun, c'est-à-dire de participer pleinement à la vie du pays d'accueil.

     Bien plus, le droit à émigrer existe indépendamment des nécessités dues aux persécutions en tous genres. Citant Jean-Paul II, Benoît XVI écrit: "L'Eglise reconnaît ce droit à tout homme, sous son double aspect: possibilité de sortir de son pays et possibilité d'entrer dans un autre pays à la recherche de meilleures conditions de vie". Il est donc légitime de chercher à entrer dans un pays pour bénéficier d'une vie meilleure (1). Cela déplaira à certains mais c'est ainsi. L'égoïsme nationaliste ne trouvera pas sa justification dans les écrits de Benoît XVI, avis aux tenants du National-Catholicisme toujours prêts à entonner les trompettes du "Gott, pardon:  Benedikt mit uns" .

     Le pape rappelle cependant le droit des Etats à réglementer les flux migratoires et à faire respecter les frontières dans le respect de la dignité des personnes. Quelle est la signification de cette remarque? Non pas que la loi puisse nier le droit à l'immigration. Cela signifie que le droit à la migration doit s'exercer dans un cadre juridique qui doit être respecté par les deux parties. Un Etat n'est pas un moulin où on entre et sort à son gré et incognito... Mais le droit à l'immigration demeure premier, la loi doit simplement en encadrer les conditions d'exercice.

     L'immigré lui-même doit respecter les lois du pays d'accueil - comme tout un chacun - cela va sans dire mais va mieux en le disant: l'étranger est notre égal, pas notre maître. En certains lieux dans le monde, ce rappel a sa pertinence. L'immigré doit enfin respecter l'identité nationale(2). Cela ne signifie pas que Benoît XVI entérine les vieilles lunes de l'assimilation républicaine. Accueillir l'étranger, le respecter, c'est l'accueillir tel qu'il est, respecter les différences légitimes (conformes à la loi naturelle ou à la loi de Dieu, comme on voudra). Respecter l'identité nationale, cela signifie que le migrant, s'il peut vivre selon sa culture, doit le faire dans le respect des lois, sans agressivité, sans chercher à imposer son mode de vie dans son pays d'accueil.

 

     Tout cela implique une véritable conversion, c'est l'autre grand thème de ce message.

 

A suivre donc.

 

(1) Soit dit en passant, il s'agit ici d'un triomphe de la conception personnaliste sur les conceptions qui font du patriotisme l'exigence première, j'y reviendrai dans un article ultérieur. On dit souvent que le devoir premier du migrant est de contribuer au bien être de sa patrie d'origine; il semble bien que le devoir premier de parents soit de permettre à leurs enfants de trouver les meilleures conditions d'épanouissement de leurs talents.  Il y a là matière à débats et, je le crains, à débats passionnés. J'y reviendrai plus tard pour tenter d'aller au fond des choses.

 

(2) Notion assez floue, il faut bien le reconnaître, et difficile à définir. Là aussi j'y reviendrai. Il y a une identité personnelle, en ce sens que l'homme conserve en lui, qu'il le veuille ou non, tout son passé et reste en un sens, bien que toujours différent, toujours le même - thème cher à Bergson -. La mémoire - et donc l'identité - d'une nation n'a pas ce caractère de nécessité. Sa transmission dépend d'un choix plus ou moins conscient du corps social. Et partout où l'homme a le choix, il doit l'exercer. L'identité nationale est donc toujours un héritage sous bénéfice d'inventaire. La transmission d'une identité nationale doit toujours obéir à des exigences éthiques. La tradition, qui a toute sa noblesse et sa part de rationalité, ne peut échapper à l'évaluation morale.

Publié dans Ethique sociale

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