"L'essentiel", réflexion sur le synode du Moyen Orient

Publié le par L'oiseau sur la branche

    L'hebdomadaire La Vie rend compte du synode sur le Moyen Orient (link) en interrogeant Pascal Gollnisch de l’œuvre d’Orient sur le projet de message final. Un passage m’a frappé:

 

     « Le rapport va jusqu'à affirmer que « musulmans et chrétiens partagent l’essentiel des cinq piliers de l’Islam ». La formulation fera débat et n'est peut-être pas très adroite mais l'intention est très forte. « Le Dieu Amour aime les musulmans », continue le texte, « peut-être faut-il trouver un nouveau langage théologique pour exprimer ce mystère et le leur rendre plus accessible. » (Le passage dans son contexte : link).

 

     Eh bien, oui, entrons dans le débat. Les cinq piliers de l’Islam… De quoi s’agit-il ?

 

     1)      Tout d’abord la proclamation de l'unicité de Dieu et de Mahomet comme son prophète: c'est la plus importante.

     2)      Les cinq prières quotidiennes.

     3)      L'aumône aux pauvres.

     4)      Le jeûne du ramadan du lever au coucher du soleil.

     5)      Le pèlerinage à La Mecque au moins une fois dans sa vie si le croyant ou la croyante en a les moyens.

 

     Bon, alors, faisons le point, sur ce que nous partagerions de ces cinq piliers: certes pas le pèlerinage à La Mecque - ni nulle part ailleurs de toute évidence : pèlerine qui veut mais il n’y a là rien d’essentiel à la foi - ; certes pas le ramadan et ses agapes nocturnes – notre carême est bien différent -.

 

     L’aumône aux pauvres, soit ; la prière, soit, mais pas avec cette connotation d’obligation rituelle. Notre prière – même en église - est une prière dans le secret de notre chambre.

 

     Alors, on me dira : «  l’adoration du Dieu unique, ça, oui, c'est un point commun ». Eh bien oui et non.

     Bien sur, il n’y a qu’un Dieu et toute personne qui s’adresse à Dieu se tourne objectivement vers le Dieu  unique. Bien sur…

     Mais dans ce cas, il faut aussi dire que nous adorons le même Dieu qu’Aristote – un Dieu avec qui, estimait-il, toute amitié est impossible -. Non, Aristote a, certes, eu le mérite d’entrevoir la figure du Dieu unique mais il n’ouvre aucune voie de salut. Son Dieu ne peut nous intéresser à la rigueur qu’à titre de préparation rationnelle à la foi. Quiconque a entrevu la figure du Christ ne peut que reconnaître la vacuité d’un Dieu « premier moteur » pour l’existence humaine…

     Le Dieu des musulmans, quant à lui, est le Dieu dont Mahomet est le prophète. Or, celui qui compare le Dieu proclamé par Mahomet et le Dieu incarné en Christ, celui-là ne peut confondre ces deux figures. Mahomet transforme l'image du Dieu de la Bible. Quiconque a entrevu la figure du Christ qui meurt sur la croix par amour et nous appelle à l'aimer librement ne peut que reconnaître la tristesse d'un Dieu réclamant la soumission.

       Aristote est un païen qui s’avance à tâtons vers une vérité qui transcende le paganisme ; Mahomet est un lecteur de la Bible qui la ramène au paganisme.  

 

croix-et-croissant-s-desarmaux--godong_12597632794-copie-1.jpg     Alors que vaut une telle déclaration dont il faut espérer qu’elle sera rejetée par les Pères du synode ? Elle témoigne d’une volonté irénique de gagner la paix par l’effacement de la vérité.

     Et à quoi cela sert-il ?

     A rien, parce que, en face, la plupart des musulmans pensent que nous sommes polythéistes en raison de notre foi en la Trinité.

     A rien, parce que cela masque le fait majeur et central du christianisme : nous sommes sauvés par la foi en Christ et non par la croyance en Dieu. Une telle déclaration ne fait que minorer l’importance du témoignage chrétien. Des chrétiens témoignent discrètement (par la force des choses) de leur foi dans le monde musulman. Aujourd’hui tout se passe comme si le personnel des grandes églises établies n’avait d’autre souci que de sauver les meubles de leurs institutions en adoptant un profil bas au détriment de l'évangélisation. Ce n'est pas nouveau: qu'on songe à l'affaire des Réductions d'Amérique latine, relatée dans le remarquable Mission de Roland Joffé. Cela s’appelle compromission avec le monde et non élan missionnaire. Allez, et de toutes les nations faites des disciples… Il ne s’agit pas de chercher la guerre sainte, la croisade, surement pas, il s’agit seulement de revendiquer le droit de dire à chacun : « Le Christ t’a tant aimé qu’il est mort pour toi ». Si certains vivent cela comme une agression, c’est un signe de paranoïa grave ; si certains ont peur d’oser le témoignage au point d’appeler cela avec mépris « prosélytisme », c’est le signe d’une inversion des valeurs motivée par la peur. Et la peur n’est pas de Dieu.

 

      Nous respectons la liberté des musulmans chez nous, nous la protégeons même et nous avons mille fois raison de le faire. Je ne suis pas de ceux qui voudraient subordonner l’exercice de la liberté religieuse à la réciprocité : un droit ne se marchande pas. Mais nous n’avons pas non plus à nous laisser impressionner par l'intolérance (Un exemple entre mille : link). Que tout le monde ne se sente pas la foi assez forte pour partir en missionnaire là-bas, je le comprends très bien, mais laissez moi admirer ceux qui le font au péril de leur vie et surtout ne rabaissez pas leur témoignage de foi par des déclarations ambiguës qui minimisent la beauté du Salut apporté par le Christ en laissant entendre que nous serions d’accord sur l’essentiel.

 

     Le Dieu amour aime les musulmans, il n’y a sur ce point aucun doute : le Dieu amour aime tous les hommes, mais c’est par son fils qu’Il les sauve… Oublier cela, c’est oublier… l’essentiel.

Publié dans Actualité

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waha 21/10/2010 20:41


Bonjour Hubert

Ton commentaire est très poignant, il n'ya rien de plus à rajouter; tu as vu juste, je partage complètement ton point de vue sur ce sujet là

Merci pour ce beau commentaire qui rappelle nos fondamentaux tout en respectant la liberté de l'autre(nos frères musulmans)
Encore merci de nous donner des nouvelles sur des sujets aussi sensibles.

Portes toi bien.

Thierry


lilia 21/10/2010 16:34


Amen !que DIEU te bènisse mon frère oui seul JESUS sauve et sans LUI c est comme une fleur qui meurt par manque d eau car seul CHRIST donne la vie Amen !
lilia