Du goût du vin et de l'existence de Dieu...

Publié le par L'oiseau sur la branche

achat-de-vin-de-bordeaux-faites-entrer-les-grands-crus-dans     "Les perfections invisibles de Dieu, sa puissance éternelle et sa divinité, se voient depuis la création du monde, elles se comprennent par ce qu'il a fait" écrivait Paul dans son Epitre aux Romains (1, 20). Sur cette affirmation de l'apôtre, la pensée chrétienne médiévale a construit ses fameuses voies vers Dieu. Le point de départ de ces voies est le témoignage de nos sens, de là, la pensée s'élève graduellement vers Dieu. Elle ne démontre certes pas le Dieu d'Abraham, Isaac et Jacob mais elle prépare les esprits à le recevoir (même si il y a pour l'homme un danger périlleux à s'arrêter à ce Dieu des philosophes - ce sera le thème d'une conférence que je donnerai au printemps à Saint-Omer-). Hélas, à la suite de Descartes, la philosophie moderne s'est attachée à discréditer ce témoignage des sens. Le texte qui suit prend donc une certaine saveur , il est chargé de sagesse; le mot sagesse n'est-il pas apparenté au latin sapere qui signifie "goûter"? C'est un texte de Michel Serres paru dans Le Monde Magazine du 6 novembre dernier:

 

     "Lorsque j'étais petit, j'ai appris en classe de philosophie que les sens trompaient. Mais quand vous êtes en compagnie des gens de l'Académie du Vin de Bordeaux, vous ramassez votre philosophie et vous la mettez de côté. J'y ai même rencontré quelqu'un de si précis qu'on a résolu de le tromper. On a demandé à un paysan de créer une vigne dans un endroit un peu écarté, et quand la vinification a été faite, on a proposé le vin à ce monsieur. Il a goûté, il a hésité et il a dit: "Messieurs, je suis désolé, ce vin n'existe pas".

 

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     Ah, on comprend mieux que le premier miracle du Christ ait été de changer l'eau en vin. Nul doute qu'à Canaa, notre oenologue aurait porté le même jugement, avec un grand clin d'oeil: "Messieurs, je suis désolé, ce vin n'existe pas... Mais remettez en moi donc un verre..."

 

     Non Dieu ne nous a pas créés avec des sens trompeurs. Alors, "goûtez et voyez comme le Seigneur est bon!" (Psaume, 34, 9).

Publié dans Philosophie

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