Colère...

Publié le par L'oiseau sur la branche

 

Voilà un moment que je ne m'étais pas exprimé sur mon blog. Tout est resté à l'état de brouillon. La raison ? La colère. Bien des fois je me suis assis devant mon clavier, ai commencé à rédiger et puis... Non, je me suis arrêté avant de publier... Eviter d'agir et de parler sous l'effet de la colère. Il est paradoxal donc que je reprenne mon activité à ce sujet, justement pour parler d'un jour de colère...

 

Comme je n'aime pas proclamer ce qu'il faut faire dans le domaine prudentiel de l'action politique, je vais seulement vous dire comment j'ai opéré mon discernement...

 

D'abord j'ai écarté l'argument qui est avancé par quelques uns. La colère est un péché, capital qui plus est. La manifestation fait référence à la colère. Donc tout chrétien qui y participe se met en état de péché... Comment résister à un tel argument ?


Toute colère n'est pas mauvaise, les Pères de l'Eglise, méditant les Ecritures saintes l'ont dit.


Saint Augustin: « L’espérance a deux enfants très beaux : ils s’appellent le courage et la colère. »


Saint Jean Chrysostome : " Mais moi je vous dis que quiconque se mettra en colère sans sujet contre son frère, méritera d’être condamné en jugement (17, 22)." Dieu ne condamne pas la colère d’une manière absolue, premièrement parce qu’il est impossible que l’homme, tant qu’il est homme, soit entièrement libre de ses passions. Il peut bien les dompter, mais il ne peut pas en être tout à fait exempt. En second lieu, parce que la colère peut quelquefois être utile, si nous nous en servons comme nous devons. Combien la colère de saint Paul fut-elle autrefois avantageuse aux Corinthiens, puisqu’il s’en servit pour les guérir d’une peste très dangereuse? Et à tout le peuple des Galates, puisque s’étant fâché contre eux, il les fit rentrer une seconde fois dans le culte de Jésus-Christ? C’est ainsi qu’une colère sainte a produit souvent de bons effets. Quel est donc le temps et l’occasion légitime de se mettre en colère? C’est lorsque nous ne nous vengeons pas nous-mêmes: mais que nous réprimons le désordre, ou que nous excitons la paresse.

 

Quelles sont les occasions où la colère est défendue? C’est lorsque nous nous animons de cette passion pour nous venger nous-mêmes." (Commentaire sur l'Evangile de Saint Matthieu, Homélie XVI, 7)

 

Saint Thomas d'Aquin : « La colère est donc bonne, (...) lorsqu'on recourt à la colère quand il convient, contre qui il convient et dans la mesure voulue " ( Somme théologique, 2a, 2ae, q.158, a.3) ».


La colère est donc une passion ambivalente avant même d'être potentiellement un péché capital... 

 

Bon, alors cet argument n'a pas suffi à me dissuader... D'autant que la plume des excommunicateurs de blog frémissait trop manifestement d'une (sainte ?) colère pour être vraiment prise au sérieux. Mauvaise foi, aveuglement sur soi ? Je ne sais pas, je ne crois pas, je pense qu'il y avait surtout et à juste titre une peur d'être pris dans un filet d'amalgames. Mais la peur n'est pas meilleure conseillère que la colère. Et le courage consiste à ne pas se laisser dicter sa conduite par les peurs même les mieux fondées au risque de blesser des frères qui ont fait, en conscience des choix différents des nôtres. J'ai donc laissé la théologie morale de côté.

 

Je me suis penché sur le tract du fameux "jours de colère". En colère, je veux bien mais contre qui, contre quoi ?

 

"Contre le gouvernement"... D'accord, c'est peu dire qu'il m'énerve...

 

"Qui n'écoute pas le peuple", il m'est venu à l'esprit que j'avais eu cette impression depuis un moment. Manifestations, pétition au CESE, tout le monde peut s'en rendre compte... D'accord.

 

"Matraque les contribuables", parent isolé avec quatre enfants, je ne suis pas imposable mais pas non plus aveugle ni indifférent à ce qui arrive à d'autres. D'accord.

 

"Affame nos paysans", j'avoue, je ne suis pas compétent pour apprécier mais j'ai ma petite idée sur le rôle de la grande distribution et je ne crois pas que ce gouvernement soit le premier responsable... Je suspends mon jugement.


"Enterre notre armée", ils m'ont l'air bien vivants nos soldats et ils font mon admiration, plus que jamais. Mais j'avoue que la politique de défense m'inquiète. D'accord, malgré l'hyperbole, c'est la loi du genre.


"Libère les délinquants", ce n'est pas d'aujourd'hui et ils ne peuvent pas passer leur vie en prison non plus mais c'est vrai que je suis sensible au désarroi des forces de l'ordre récemment relayé par un général de gendarmerie. D'accord.

 

"Déboussole nos enfants", je ne vais pas renier mon engagement dans le Grenelle de la famille, d'accord.

 

"Pervertit notre système scolaire", il n'était déjà pas bien brillant, on veut le transformer en instrument de propagande au service d'une idéologie. D'accord.

 

"Réduit nos libertés", (parfois avec la complicité d'une partie de l'opposition). D'accord.

 

"Assassine notre identité", aïe, je ne sais pas de quoi on parle ici. J'ai un peu de mal avec cette notion d'identité... Il y a un héritage historique, français, européen, auquel je suis attaché mais ce gouvernement me semble plus un symptôme qu'une cause de la destruction de cet héritage... Je passe...

 

"Détruit nos familles", non, il détruit un certain cadre juridique familial. Si "nos" familles sont détruites, il faut chercher ailleurs... Mais je vois très bien ce que veulent dire les organisateurs. D'accord mais c'est l'objet d'une autre manif...

 

Bon, alors ? Comme dit le tract, j'ai au moins une raison d'être en colère. A vrai dire, plus d'une...

 

Bon alors ? Alors non.

 

Parce qu'une manifestation organisée par des gens qui ne disent pas leur nom, pour moi, c'est non merci. Cela suffisait à me convaincre de ne pas y aller. Rien à gagner à être comme je l'ai déjà dit pris dans un filet d'amalgames.

 

Parce qu'une manifestation soutenue par Dieudonné, je n'ai pas envie même si je défends toujours la liberté d'expression, la sienne comme celle des autres. Je veux bien défendre la liberté d'expression mais pas les idées de Dieudonné. En gros, je n'aime pas l'idée d'une manif anti-tout, une manif fourre-tout, une manif bric à brac... Je n'aime pas qu'on me mette un bébé dans les bras en me faisant boire l'eau du bain...

 

Parce que la colère légitime doit déboucher sur quelque chose de constructif et que là, sincèrement, je ne vois rien.

 

En d'autres termes, je n'aime pas ce mouvement acéphale et imprévisible. Je n'aime pas jouer avec le feu.

 

Soyons clair. Il y a deux voies :

 

Ou bien éveiller les consciences en témoignant qu'il est possible de vivre une autre vie que celle qui nous est proposée, sensibiliser ceux qui, dans l'opposition ou (rêvons un peu) dans la majorité, ont gardé un minimum de bon sens et sont susceptibles de peser pour une autre politique en s'appuyant sur une génération qui se révèle aujourd'hui. Pour celà, il ne faut pas donner à ceux qui nous gouvernent ce cadeau de pouvoir nous caricaturer et faire de nous des agresseurs alors que ce sont eux les agresseurs. Je rejoins ici le jugement d'Ivan Rioufol :link

 

Ou bien faire basculer la société dans l'affrontement, sans aucune retenue et donner à ceux qui sont au pouvoir le prétexte tant attendu pour museler définitivement toute voix discordante. Certains escomptent alors une réaction salutaire d'un peuple français sorti de sa torpeur. Celà porte un nom : la boîte de Pandore. J'ai toujours été anti-révolutionnaire et ce n'est pas aujourd'hui que je vais changer. Aux nostalgiques des lys qui se sentiraient attirés par cette voie je citerai Joseph de Maistre : la contre-révolution ne doit pas être une Révolution contraire mais le contraire d'une Révolution.

 

Mon choix était fait et c'est pour celà que le jour de colère s'est écoulé sans que j'y prenne part. Mais oui, je suis en colère. Sans honte aucune. Parce qu'il y a quelque chose d'aussi grave qu'une colère non maîtrisée : c'est la pusillanimité. 

 

Pour l'éviter sans tomber de Charybde en Sylla, souvenons-nous : la maîtrise de la peur, c'est le courage ; la maîtrise de la colère, c'est la douceur.

 

En veillant et en éveillant les consciences, nous aurons à être courageux car nous n'échapperons pas aux amalgames. En éveillant les consciences par la douceur nous dévoilerons ces amalgames pour ce qu'ils sont : des mensonges.

 

Encore une fois, il ne s'agit pas de faire tomber un gouvernement, il s'agit de témoigner qu'il est possible de vivre sa vie autrement, il s'agit de dévoiler les mensonges d'une société individualiste et matérialiste. C'est aux coeurs qu'il faut parler. On ne parle au coeur ni par la pusillanimité ni par la violence.

 

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