La mode semble être chez certains cathos, minoritaires, à l'abstention...Voici un exemple
démontrant que la lecture assidue de Léon Bloy et Georges Bernanos affute la plume mais pas l'intelligence politique: link. Il
y en a d'autres, à la plume moins flamboyante et plus respectueuse, mais je les aime bien alors je ne les livrerai pas en pâture... Lui, il m'a vraiment énervé avec ses grands airs et son
"non possumus"... (Non possumus fut la réponse des chrétiens persécutés par Dioclétien à sa demande de renier le Christ: "Nous ne pouvons pas"; non possumus qu'ils payèrent de
leur vie. Comparer le vote Sarkozy à cela laisse entendre que celui qui votera Sarkozy renie sa foi chrétienne, c'est proprement inadmissible). On nous dit que, certes, avec Hollande, on va vers
des réformes libertaires qui nous enfonceront de plus en plus vers la civilisation de mort mais que chez Sarkozy, c'est la droite bourgeoise, la droite d'argent qui triomphera... Alors, moi qui
ai voté Bayrou au premier tour, que vais-je faire? Eh bien, je vais voter Sarkozy.
Je respecte ceux qui me disent qu'ils s'abstiennent pour telle et telle raison que je ne comprends pas mais bon,
on ne peut pas tout comprendre. Charles Vaugirard a dit à ce sujet ce qu'il fallait dire: link.
Je respecte ceux qui me disent qu'ils votent Hollande parce que, pour défendre la vie commençante ou la vie
du vieillard, il faut avoir le souci de la vie entre le début et la fin, celle des plus pauvres (même si je suis convaincu qu'en croyant servir les pauvres en votant socialiste, ils se mettent le
doigt dans l'oeil jusqu'au coude).
En revanche, ceux qui caricaturent leurs adversaires en en faisant des Tartuffes qui parlent respect de la vie
en pensant compte en banque, ceux-là, ils commencent à me sortir par les trous de nez. Qu'ils donnent leurs arguments pour s'abstenir mais qu'ils ne prétendent pas connaître le for interne de
"l'adversaire".
Au premier tour, on choisit, au second...
Au premier tour on choisit, pour moi, ça a été François Bayrou qui me paraissait plus à même de pacifier les esprits, d'assurer un équilibre des finances, d'apporter le changement dans la sécurité. Davantage
capable surtout d'incarner la France que j'aime, une France riche de ses diversités, une France de la culture humaniste et chrétienne, une France de l'équilibre, une France sans arrogance...
J'apprécie sa vision de l'éducation, sa volonté d'assainissement de la vie publique, d'assurer une vraie indépendance des media. J'ai donc voté pour lui comme en 2007, malgré ma déception devant
son refus de choisir son camp... J'aurais peut-être voté Hervé Morin, s'il s'était présenté, avec la nostalgie, tout de même, d'un vrai grand centriste, Raymond Barre... Mon premier
bulletin de vote fut pour lui, en 1988...
Au premier tour on choisit, au deuxième, on élimine.
Alors pourquoi éliminer Hollande?
Pour des raisons d'abord économiques. Cathos, ne faites pas la fine bouche, méditez ce qu'écrivait
Saint Thomas d'Aquin: "mieux vaut être pauvre dans un pays riche que riche dans un pays pauvre". On ne peut pas rester seulement dans des considération éthérées. La France croule sous une
administration pléthorique, sous un endettement qu'il faudra résorber tôt ou tard, elle a habitué les gens à un assistanat sans équivalent. Quand nous serons dans la situation de la Grèce, ce
seront les plus pauvres qui paieront... Et sur ce point Hollande ne propose qu'une aggravation de ces maux. On dira qu'il sera plus réaliste une fois au pouvoir... Voire... Avec Mélenchon en
embuscade, le troisième tour social sera redoutable...
Le débat d'hier soir a d'ailleurs été instructif. A lire les commentaires des uns et des autres, on ne sait pas
qui a gagné. Vraiment? Certes, personne ne s'est écroulé dans les cordes. Et sur la forme Hollande a gardé son assurance, son arrogance de vainqueur prédésigné par une classe médiatique
complaisante. Pour employer l'expression de Monsieur Chirac, il y a longtemps, face à Monsieur Fabius: Monsieur Hollande s'est comporté en roquet allant même jusqu'à couper le Président dans sa
conclusion au mépris des règles du débat. Alors si on juge un débat à la capacité de garder la tête haute face à l'adversaire, à la hargne, à la pugnacité, alors, sans doute, le match était
équilibré. On est bien en présence de deux fauves politiques. Et, oui, derrière son air bonhomme un peu trompeur, Monsieur Hollande est capable d'être méchant et de mordre. Non, ce n'est pas
Flanby...
Mais le vrai problème n'est pas là. Le problème est de savoir si François Hollande est capable d'être président.
En gros: est-il capable d'être autre chose qu'un capitaine de pédalo? Pour reprendre l'aimable expression de son soutien, Monsieur Mélenchon.
Sur ce point, oui, le débat a été instructif. Je ne prendrai que deux exemples. Le nucléaire et le
redressement des comptes publics.
Sur le nucléaire, le candidat des socialistes, des communistes, des trotskistes et des verts a été incapable de
justifier son choix. Devant l'énormité de ses engagements à l'égard des verts, il précise qu'en cinq ans ce ne sera qu'une centrale qui sera fermée... Mais au-delà? Après moi le déluge? La
démonstration de Monsieur Sarkozy est imparable. Au moment où les énergies fossiles se raréfient l'attitude de François Hollande est proprement irresponsable. Mais derrière, il y a autre chose.
Monsieur Hollande ne se sent pas lié par un accord signé par Monsieur Sapin en son nom. Ah, vous avez cru que j'étais tenu par cet engagement, mais non, c'est pas moi, c'est lui. Comme capitaine,
Monsieur Hollande a au moins une capacité, celle de louvoyer... Alors il tire des bords, c'est plus confortable et ça peut masquer la direction prise: un peu à droite, un peu à
gauche... Mais pour ce qui est de hisser les couleurs, clairement, franchement, il n' y a plus personne. Comme les forbans de la marine à voile, il est prêt à afficher les couleurs que
l'autre veut voir: bleu, blanc, rouge pour les électeurs du centre; rouge pour Mélenchon; vert pour Eva Joly; rose pour ses partisans. Et finalement quand l'abordage est fait, il est trop
tard.
Sur les comptes publics. Comment fera-t-il des économies en embauchant autant d'enseignants? Monsieur Sarkozy le
lui demande et Monsieur Hollande répond qu'il y aura plus de policiers et pas moins d'infirmières. Bien. Où les économies seront-elles faites? On n'en saura pas plus. Et sur le chiffrage de ces
embauches, il expose leur coût sur les cinq ans, oubliant qu'évidemment ce seront des salaires qu'il faudra verser quarante ans et plus sans compter les retraites qui vont avec... Après moi, le
déluge, encore une fois...
Quelle genre de capitaine sera-t-il? Un capitaine de pédalo qui sort un vaisseau en haute mer par tempête
et s'excuse en disant: de toute façon quand on prendra l'eau, je ne serai plus à la barre...
Et en plus de celà, il faudrait avaler toutes les entorses que l'on sait aux principes dits non
négociables.
Le bilan du quinquennat.
Mais bon, en face, à en croire certains, ce serait l'abomination de la désolation, un espèce
d'anti-Robin des bois qui vole dans la poche des pauvres pour donner aux riches; un ogre qui mange les petits immigrés dans les centres de rétention. Je n'ai pas aimé certains discours de
Sarkozy, pas aimé l'épisode du yacht, pas aimé du tout sa stigmatisation des Roms, mais le constat est tellement caricatural que je ne peux pas laisser passer, alors je vous invite à aller
lire cela et vous verrez que si on peut discuter tel ou tel choix, on ne peut pas faire de Sarkozy le monstre qu'on nous présente: link.
Hollande rassembleur?
On me dira, mais Hollande rassemble, Sarkozy divise. Facile... Hollande ne rassemble pas: il dit oui à tous ceux
de son camp qui lui demandent quelque chose. Il ne rassemble pas: il mobilise. Pas les Français, non, il mobilise son camp. Qu'importe que ces promesses soient incompatibles, on verra lesquelles
on tient après les législatives... Pour l'instant tout le monde est content. En public on fait des promesses vagues et consensuelles, en privé des promesses ciblées, quitte à dire après "Ah, mais
c'est Sapin qui a signé, pas moi..." Mais toutes les promesses ne pourront pas être tenues. Il y aura des pleurs et des grincements de dents à gauche si Monsieur Hollande gagne. J'espère que ceux
qui pleureront le feront dans leur drapeau rouge mais je n'y crois pas. Hollande cédera au premier froncement de sourcil de la CGT qui lui dira: "François, qui t'a fait roi?".
Rassembleur, Hollande? Allons donc. Le CNAL, Comité National d'Action Laïque a reçu un engagement écrit de la
part de Monsieur Hollande pour couper le financement de l'enseignement libre par les communes et pour remettre en question la reconnaissance des diplômes des facultés catholiques...
Vous lisez bien: Monsieur Hollande qui se pose en rassembleur est prêt à rallumer la guerre scolaire pour complaire à un goupuscule nostalgique de la III° République dans ce qu'elle avait de plus
étroit d'esprit... C'est à lire sur le site du journal La Croix: link. C'est celà la gauche moderne?
Celui qui ne choisit pas, qu'il ne se plaigne pas ensuite.
Alors, pardon de "culpabiliser" ceux des cathos qui prétendent ne pas pouvoir voter parce que le bulletin
Sarkozy tache les doigts : ils font le jeu de Hollande. C'est leur droit mais qu'ils nous épargnent leurs vapeurs de vierges effarouchées. On ne me fera pas croire qu'entre deux maux, il n'y
en ait pas un moindre à leurs yeux. Et quand on aura bu jusqu'à la lie la mauvaise piquette socialiste, j'espère qu'ils auront la décence de se taire.
Quand on n'a pas le courage de choisir, on ne fait pas la morale aux autres. On ne vitupère pas un monde qu'on a
déserté pour se retirer dans sa citadelle cathare. Question de décence.