Quantcast

Présentation

  • : Le blog de l.oiseau.sur.la.branche.over-blog.com
  • Le blog de l.oiseau.sur.la.branche.over-blog.com
  • : Culture chrétienne Ethique sociale chrétienne
  • : "Regardez les oiseaux du ciel: [...]votre Père du Ciel les nourrit. Et vous alors? Ne valez-vous pas beaucoup plus qu'eux? [...] Donc laissez là vos inquiétudes: Qu'allons-nous manger? Qu'allons-nous boire? Comment nous habiller? [...]Votre Père du Ciel sait que tout cela vous est nécessaire.Cherchez d'abord son royaume et sa justice, et le reste vous sera donné en plus. Cessez de vous inquiéter pour demain et demain s'inquiétera pour lui-même" Mt6: 26 et 31-34
  • Partager ce blog
  • Retour à la page d'accueil
  • Contact

Recherche

Partager

Calendrier

Mai 2013
L M M J V S D
    1 2 3 4 5
6 7 8 9 10 11 12
13 14 15 16 17 18 19
20 21 22 23 24 25 26
27 28 29 30 31    
<< < > >>

Créer un Blog

Samedi 4 mai 2013 6 04 /05 /Mai /2013 08:40

III. L'ouverture au bien

 

"Malheur à ceux qui appellent le mal bien, et le bien mal, qui changent les ténèbres en lumière, et la lumière en ténèbres, qui changent l’amertume en douceur, et la douceur en amertume! "

Isaïe, 5 ; 20

 

Poussin, La femme adultère., 95.121, Le Louvre

 Nicolas Poussin, La femme adultère.


     Agir en conscience, ce n’est pas décider arbitrairement de ce qui est bien ou mal. Cela ne serait que caprice. Nul ne peut prétendre agir en conscience s’il ne commence pas à se décentrer de soi, à mettre de côté son égoïsme, son intérêt pour se demander en toute honnêteté ce qui est bien en soi, ce qui est mal et qui ne peut jamais être fait fût-ce dans son intérêt.

 

   Mais ici, une objection survient, surtout chez l’homme cultivé. Tant de sagesses, tant de philosophies ont prétendu désigner ce qu’est le bien dans l’absolu et se sont contredites frontalement. Les unes ont placé le bien dans le plaisir, d’autres dans le devoir ; les unes dans l’accomplissement d’une nature humaine, d’autres dans l’affranchissement de la nature ; les unes dans la compassion, d’autres dans l’affirmation de la volonté de puissance… N’y a-t-il pas quelque chose d’arbitraire à choisir une voie plutôt qu’une autre ?

 

     Un vertige peut prendre l’homme devant ce problème et la tentation de se réfugier, soit dans un indifférentisme relativiste, soit dans un légalisme étroit.

 

   La première solution, celle du relativisme, est celle qui séduit le plus l’homme cultivé. C’est une impasse mortifère. Elle revient à nier tout sens à notre liberté, à nier tout sens à la rencontre d’autrui. Si tout se vaut, le pouvoir de choisir n’a pas de sens ; si tout se vaut, l’autre n’a rien à m’apprendre. Je suis contraint de faire des choix mais c’est absurde, je suis condamné à être libre pour échouer devant la limite absolue de ma mort. Je ne peux vivre sans autrui mais il n’est que celui qui limite ma liberté. Une telle position se baptise elle-même parfois un peu généreusement libéralisme, elle n’est qu’indifférence à l’attrait du bien, absence totale de conscience. En un mot cécité.

 

    La deuxième solution - il faut le dire au risque de déplaire à notre époque[1] – est plus humaine car elle reconnaît à la vie un sens, elle reconnaît la nécessité d’une orientation de la vie. Elle reconnaît la gravité de notre liberté. Elle ouvre la voie à la perception de nos limites, du décalage entre ce que nous voudrions être et ce que nous sommes, elle ouvre la voie au repentir, à l’humilité. Elle peut ainsi nous ouvrir à la nécessité de la transcendance. Mais nous courons aussi le risque de voir la loi comme arbitraire, dure, et d’en percevoir l’auteur comme un justicier sans miséricorde. Cette voie nous ouvre à la transcendance mais risque de nous fermer à la vraie transcendance qui est transcendance de l’amour. Elle peut aussi conduire au désespoir.

 

     Le chrétien, s’il est vraiment chrétien, est en principe immunisé contre ce légalisme car il sait que s’il y a une loi, elle est celle d’un Dieu de miséricorde. Il sait aussi que le bien se situe  à la frontière mouvante de la justice et de la charité. Cette tension doit toujours habiter le chrétien. Négliger la justice, négliger l’amour, se payent toujours d’une perte d’humanité. Le chrétien ne peut donc jamais se réfugier dans une application mécanique et étroite de la loi.

 

     L’épisode de la femme adultère est significatif. Le Christ ne dit pas que l’adultère importe peu et qu’il ne mérite pas condamnation. Il n’accable pas non plus cette femme sous le poids objectif de sa faute. Il rappelle que chacun est pécheur, chacun à sa façon passible de la géhenne, que nul n’est habilité à condamner son frère ou sa sœur et il la renvoie à la responsabilité de sa conversion : « va et ne pèche plus ». « Ne pèche plus » : la distinction du bien et du mal est fermement réaffirmée ainsi que le sérieux de la vie morale ; nous devons tendre à la perfection, être parfaits comme notre père céleste est parfait, le Christ ne dit pas « fais de ton mieux », il dit : « ne pèche plus ». Et ceci est possible, sinon le Christ ne le demanderait pas, Il ne donne pas de commandement sans la Grâce nécessaire. Mais il dit « va », je ne te condamne pas : vis, avance, ne te laisse jamais arrêter par le poids de ton péché, de ton indignité.

 

     La parabole de l’enfant prodigue est comme l’écho de cela : va, ou plutôt : viens à moi, je t’attends toujours comme ce père qui voit de loin revenir son fils. Là non plus il n’y a pas d’atténuation de la faute comme voudraient le faire croire tant d’interprétations psychologisantes. Quelle ingéniosité, hélas, est mise par certains pour émousser le tranchant du glaive de la Parole de Dieu ! Non, le fils n’est pas étouffé par son père. Le Père le laisse parfaitement libre. Ce Père ne lui dit pas non plus : fais ce que tu veux mais ne compte pas sur moi. Au contraire il lui donne sa part d’héritage, ces dons qui auraient pu servir à tant de belles choses, Il sait qu’ils seront gaspillés mais il les lui laisse. Non vraiment, ce garçon n’a aucune excuse ; ce garçon est un ingrat, un égoïste, un débauché, il ne mérite, objectivement, pas beaucoup d’égards. Qui plus est, le premier mouvement de retour de ce garçon n’est dicté que par le sentiment qu’il a beaucoup perdu et pourrait regagner un peu. Mais ce mouvement centré sur soi est suspendu et se convertit en un repentir véritable lorsqu’il découvre l’amour inconditionnel du Père. C’est le contraste entre le péché du fils et l’amour du père qui rend admirable celui-ci. C’est parce qu’il y a vraiment un bien et un mal que la miséricorde du Père est si belle. Et cette miséricorde ne peut être invoquée pour relativiser la distinction du bien et du mal et dédramatiser notre péché. Au contraire elle lui donne toute sa gravité. On ne peut s’empêcher ici de penser à l’œuvre de Dietrich Bonhoeffer. Car c’est sur la croix que Dieu nous tend les bras de son amour. Le Père du fils prodigue a le cœur déchiré par une lance. Et cette lance, c’est notre péché.

 

     L’homme juste ne peyt donc être indifférent à la question du bien et du mal sous prétexte qu'il serait sauvé, il doit donc chercher à connaître le bien, c’est-à-dire à atteindre sa fin, le but qui nous est assigné par le Seigneur : réaliser pleinement le plan de Dieu, être à son image et à sa ressemblance. Certains chrétiens pensent que nous pouvons retrouver en nous, par connaturalité, une sorte de désir inné de ce bien, c’est ce qu’ils nomment la loi naturelle, thème familier à la philosophie d’inspiration aristotélicienne ou cicéronienne. D’autres pensent que cette source nous est devenue obscure en raison du péché originel. Je reviendrai prochainement (j’espère) sur cette question.



[1] Notre époque ne supporte qu’un hédonisme relativiste et narcissique (le bien est ce qui me fait du bien) ou un spiritualisme éthéré et désincarné (je trouve dans l’idée d’un Dieu l’assurance que tout ce qui advient est bien et je me contrefous du monde et de ses soubresauts) ; il n’est pas difficile de déplaire à cet esprit du temps dès lors qu’on s’attache au Christ incarné ou qu’on pense dans les cadres d’une philosophie réaliste. Le catholique ayant le mauvais goût de tenter la synthèse de ces deux voies (ce qu’il appelle le dialogue de la foi et de la raison) a peu de chances, dans une telle société d’être très populaire…

 

Par L'oiseau sur la branche
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Vendredi 19 avril 2013 5 19 /04 /Avr /2013 17:56

 

Veilleurs.jpg

 

Les veilleurs, ce sont ces jeunes gens et jeunes filles qui se rassemblent devant l'assemblée, pacifiquement, pour exprimer leur réprobation non-violente devant la société que des idéologues socialistes veulent imposer. Et qui finissent aux postes traités comme ne le sont pas des casseurs. link link


Un changement de civilisation a dit Madame Taubira. Elle l'a dit, elle le fait...


Mais une masse inerte est là à hausser les épaules et d'autres, qui pourtant n'ont pas toujours été inertes, disent : "ils est temps de passer à autre chose", sous-entendu ce n'est pas si grave. C'est que l'aveuglement -médiatiquement programmé- du peuple français est immense. Lorsque vous parlez de l'idéologie du gender, de la PMA, de la GPA, ils sourient gentiment et vous disent : ils ne feront jamais cela. Comme certains cathos de gauche, il y a un an me disaient à propos du mariage et de l'adoption homosexuels que c'était une promesse pour gagner quelques voix dans le Marais et que cette promesse serait vite enterrée.


Je ne peux m'empêcher de songer à ces phrases d'Edmund Burke dans sa lettre à François-Louis Thibault de Ménonville alors que la Révolution française basculait petit à petit dans la Terreur :


"Je me souviens bien, qu'à chaque époque de votre étonnante histoire, qu'à chaque scène de votre tragique représentation, lorsque les sophistes qui vous ont subjugués travaillaient à établir leurs principe destructeurs, lors même qu'ils les appliquaient à des résolutions formelles, il était à la mode de dire qu'ils n'avaient aucune intention d'exécuter ces déclarations dans leur rigueur. Cela a contribué à rendre l'opposition timide, à retarder et à ralentir les précautions ; en entretenant ces espérances, fallacieuses, les imposteurs trompèrent tantôt une classe d'hommes, tantôt une autre, de telle manière qu'aucun moyen de leur résister ne se trouva préparé quand ils se mirent à exécuter, avec barbarie, les plans enfantés dans leur imposture" (E. Burke , Lettre à un membre de l'Assemblée nationale sur la Révolution française et Rousseau). Et d'ajouter qu'il serait fou de ne pas faire confiance à nos ennemis lorsqu'ils nous font des déclarations d'hostilité. Quand Monsieur Valls nous dit qu'il est très déterminé. Nous devons lui faire confiance. Il leur faut abattre notre moral sur cette affaire pour n'avoir plus aucun obstacle au moment d'imposer PMA, GPA, contrôle intégral de l'éducation morale, euthanasie, libéralisation totale de la recherche sur l'embryon... C'est pourquoi il serait fou de s'imaginer que notre mobilisation passée suffit et qu'il est temps de passer à autre chose.


Oui, il s'agit d'entériner un changement de civilisation : le basculement dans une société où seul le matérialisme sera toléré, une société qui nie la nature dépendante de l'homme à son prochain pour le ramener à la seule dépendance de l'individu à l'Etat. Tous les corps intermédiaires ayant été petit à petit détruits alternativement par le jacobinisme et la moulinette d'un pseudo-libéralisme ramené aux seuls mécanismes du marché, il n'en reste qu'un à détruire : la famille...


J'en vois qui haussent les épaules. Et pourtant lorsque Madame Taubira nous dit qu'il ne suffit pas de mettre au monde un enfant pour être une mère, que veut-elle nous dire ? Que le lien familial peut sans cesse être remis en question par la volonté de l'homme. Et qui en fixera les normes sinon l'Etat tout-puissant ? Le plus froid des grands monstres froids... Ellul nous a mis en garde et beaucoup trop l'ignorent : "le centre du conflit est avec l'Etat et (...) il faut prendre une position radicale envers le monstre froid" (L'Idéologie marxiste chrétienne) Et derrière le Léviathan se frottent les mains tous ceux dont le seul souci est de faire du chiffre et qui trouveront enfin à l'abri de l'Etat un matériau propre à les satisfaire : une masse privée de toute attache affective et livrée par un désarroi dont les causes seront inconscientes à ses appétits : panem et circenses. Ne nous y trompons pas les hommes de l'Etat sont les mêmes que les hommes de la finance et les hommes du systéme médiatique. En France plus que partout ailleurs... Un exemple parmi tant d'autres (inutile d'évoquer LA concubine, ni Pierre Bergé, ni les finances de la campagne de François Hollande, tout cela est suffisamment connu) : qui, hier a déclenché par ses sarcasmes déplacés - il était censé rester neutre - la colère des députés de l'UMP dans l'hémicycle ? Laurent Vallée, directeur des affaires civiles et du sceau, futur secrétaire général de... Canal plus... Ben tiens... link 


Alors pourquoi les Veilleurs gênent-ils plus que tout le gouvernement ? Parce qu'ils n'entrent pas dans ses catégories, celles qu'il sait comprendre et qu'il sait traiter, il ne peut pas les réduire à une catégorie connue.


En bons matérialistes (Hervé Mariton a mille fois raison d'insister sur cette dimension des choses), en bons matérialistes nos gouvernants ne voient dans l'homme qu'un animal mu par ses passions, ses affects. Affects irraisonnés ou affects raisonnés...


Alors pour lui, il y a deux types d'ennemis à combattre et il cherche toujours à réduire ses adversaires à l'un de ces deux types.


Les affects raisonnés, ce sont les intérêts. Avez-vous remarqué comme l'homme de gauche a du mal à concevoir qu'on puisse être de droite autrement que par défense d'intérêts financiers ? Le premier ennemi, c'est donc celui qui pense à son porte-monnaie et le défend en votant UMP. Qu'on puisse avoir d'autres motivations lui échappe totalement...


Les affects irraisonnés, ce sont la haine et la peur. Nous sommes donc sensés être des homophobes en colère.


Lorsque nous manifestons avec l'UMP, l'UDI, le gouvernement comprend : combat politique classique, droite-gauche, et il sert son blabla... Mais ça ne passe plus parce que plus personne ne croit à la fable de la gauche qui défend les petits, les sans-grades. Gauche des pauvres contre droite des riches, cela fait au choix mourir de rire ou pleurer de désespoir... Et nous aurions bien tort de nous gêner : le combat est politique. Un immense merci aux députés de toutes tendances qui ont défendu nos positions. Dans le camp d'en face, je n'ai vu personne avoir d'états d'âme à politiser la question. 


La violence, ça l'arrange bien, on rentre dans la deuxième catégorie et les media s'y entendent bien. Une coupure par ci, une demie vérité par là, un montage en épingle, un amalgame préparé de longue date et enfoncé dans les esprits, un énorme mensonge parce que plus c'est gros, plus ça passe et voilà les manifestants réduits à une poignée de skin heads homophobes. Et le jeu du gouvernement est clairement d'ancrer cette idée dans les esprits comme l'a justement dit Tugdual Derville. link De là à penser que le gouvernement joue les pompiers pyromanes certains ne se gênent pas pour l'écrire link. Raison de plus pour ne pas tomber dans les pièges de gens qui n'ont retenu que l'écume de Machiavel...


Mais les veilleurs, que faire d'eux ? Le gouvernement en a peur, il ne veut pas qu'on les montre, parce que ce sont pour eux des monstres irréductibles, dans tous les sens du terme. Il ne peut pas les réduire à ses catégories.  Où est leur intérêt ? Où est chez eux la haine ? Où est chez eux la peur ? Le scout qui ne sommeille jamais loin en moi ne peut s'empêcher de penser en les voyant, en entendant ce chant de l'Espérance qui est devenu leur hymne, à la loi scoute : "Le scout est maître de soi : il sourit et chante dans les difficultés"...


C'est cette maîtrise de soi qui fait peur au gouvernement. Car qu'est-ce que cette maîtrise de soi, sinon le triomphe de l'esprit et parfois de l'Esprit sur les passions, sinon la douce maîtrise des désirs devenus serviteurs de l'âme en sa fine pointe, sinon la condition même de l'amour comme don de soi ? 


Cette maîtrise est une force. C'est la force de la liberté : celle qui a le courage de dire : non possumus, nous ne pouvons pas. Quoi que vous fassiez, notre conscience éclairée par l'Esprit nous conduira. Vous n'y avez pas accès.


 Cette maîtrise, cette non-violence, cet amour en définitive, c'est la réfutation en acte du matérialisme. 


Voilà ce que ne comprend pas notre adversaire mais qu'il pressent. Voilà ce qui suscite conversion... ou rage...


Voilà ce qui a un jour triomphé de l'Adversaire.


Je vais me coucher, une veilleuse à ma fenêtre.

f3dea5fc7cd886e32c9418c83ac03beb

Par L'oiseau sur la branche
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Lundi 25 mars 2013 1 25 /03 /Mars /2013 11:23

            «  Celui qui doute que la neige soit blanche n’a qu’à regarder, celui qui doute du respect dû aux parents ne mérite qu’une bonne correction », ainsi parlait Aristote. Nous y sommes. D’aucuns auraient pu s’étonner, au regard de mes engagements, que je ne me sois pas exprimé sur la question du mariage de personnes de même sexe, que je ne sois pas entré dans ce débat sur ce blog. C’est tout simplement qu’à la suite d’Aristote et Blaise Pascal je considère qu’il y a dans toute démarche intellectuelle un certain nombre de principes, de vérités premières dont la démonstration est impossible parce qu’on ne peut démontrer une évidence, seulement la contempler. Que tout homme soit né d’un homme et d’une femme fait partie de ces évidences et c’est cela qu’on a toujours nommé mariage. C’est ce que veut remettre en question la majorité actuelle avec le soutien d’une petite partie de la droite décérébrée par le relativisme. A quoi bon discuter ? Pour discuter, il faut des principes communs ; là, il n’y en n’a pas. On se heurte à un déni du réel…


            Quant à l’adoption par des couples de même sexe ; à ses partisans, je demande juste une chose : asseyez-vous dans une cour de récréation et écoutez les enfants, prenez acte de leur cruauté (ah non, je ne fais pas partie de ceux qui idéalisent l’enfance !), de leur façon de se conduire avec celui qui est différent : noir chez les blancs, blanc chez les noirs, trop petit, trop grand, gros maigrichon, binoclard, roux même… Et si vous avez deux sous de jugeotte vous comprendrez que permettre à des couples de même sexe l’adoption, c’est condamner les plus malheureux à la double peine : orphelins par la fatalité de la vie, vous en ferez des parias… Et vous pouvez tenter toutes les rééducations du monde, vous n’y changerez rien car la nature déchue de l’homme est ainsi… Là encore la gauche est dans le déni du réel…

            Voilà pour le mariage pour tous. Je voulais le dire car - quoi que veuillent nous faire croire les idéologues de tout poil – l’affaire n’est pas tranchée : le Sénat n’a pas parlé ; le Conseil Constitutionnel n’a pas parlé ; et tenez-vous le pour dit : la rue n’a pas fini de parler… Pour ma part je suis allé une première fois à Paris, je suis allé à Lille, je suis retourné à Paris, s’il le faut je reviendrai… Et il y en a de plus motivés que moi.


            Justement, venons-en à cette Manif pour tous et à ses « débordements »… Là encore, on est dans le déni du réel. La gauche ment et, pire, se ment à elle-même.

            La Manif pour tous demandait les Champs Elysées. Symbole mondialement connu. Le risque ne pouvait être couru par ces hommes qui se nourrissent et nous gavent d’images soigneusement millimétrées… On nous a donc accordé dans un moment d’égarement la bien-nommée (mais ils ignoraient encore pourquoi) Avenue de la Grande Armée…


             Il faut le dire, nous étions exaspérés.



            Entendons-nous bien : un gouvernement, fort de sa légitimité démocratique, est en droit de ne pas écouter la foule, cela peut être une marque de caractère, une façon d’affirmer son attachement à de hautes valeurs… Jean-Pierre Raffarin l’a dit en son temps : ce n’est pas la rue qui gouverne. Oui, mais alors on résiste, on ne méprise pas, on ne tient pas pour quantité négligeable… On ne fait pas le coup des 300 000 devant une foule approchant le million le 13 janvier. On résiste mais on ne rejette pas avec des arguties pitoyables 700 000 signataires d’une pétition au CESE… Que faire face à des idéologues autistes ? Exaspérés ou pas, va quand même pour la Grande Armée, parce que nous sommes légalistes, parce que  le nom est beau et parce que l’Arc de Triomphe est au bout. Et voilà que la veille même les services de police annoncent 100 000 personnes ! Comptés avant d’être venus ! Histoire de faire comprendre aux hésitants que ce n’est pas la peine d’affronter le froid pour un ridicule baroud d’honneur… Mensonge ? Même pas, déni du réel. Ils n’avaient pas voulu voir.


            A treize heures trente -avant le début de la manifestation donc- je suis arrivé avec un groupe de l’Audomarois Porte Maillot et nous nous sommes arrêtés avant même d'avoir défilé : l’Avenue de la Grande Armée était pleine. Pas une place pour s’asseoir ! Et la foule bleue, la foule blanche, la foule rose arrivait encore et encore, débordait sur les avenues adjacentes. Le voilà le débordement. La faute en est à un ministre qui n’a pas voulu voir, à des services qui, peut-être, n’ont pas osé dire, ainsi qu’il arrive aux petits tyranneaux comme en leur temps aux grands tyrans… Si gouverner c’est prévoir, alors, hier, personne ne gouvernait… On ne peut gouverner dans le déni du réel… Ils attendaient cent mille manifestants, ils en eurent un million quatre cent mille...


            Etonnés, nous entendions les appels répétés des organisateurs, d’un ancien premier ministre même, à ne plus avancer, à respecter la légalité… Mais la foule –innocente- pressait, ignorante de ce qui se passait… Et hier soir en rentrant chez nous, nous avons su, nous avons vu les images (accès libre sur le salon beige): vieillards et enfants gazés par un service d’ordre débordé par l’impéritie de ceux qui devraient gouverner. Voilà le vrai débordement : une police, une gendarmerie débordées par l’incompétence de ses petits grands chefs, incapables de voir la réalité : déni du réel !



            Alors, pour mieux enfumer le peuple de France, Valls a tout mélangé, justifiant par quelques excursions anecdotiques de fin de manif sur les Champs Elysées le gazage des familles quelques heures auparavant… Attitude qui a choqué jusqu’aux Etats-Unis si j’en crois RTL.



             Mensonges, déni du réel encore et toujours.


            Quels débordements en définitive ?

            Zéro policiers blessés.

            Zéro vitrine brisée.


            Zéro voiture brulée.


            Mais des enfants, des femmes, des vieillards gazés…

            Le tapage joyeux des familles ne devait pas réveiller la sieste d’un François Hollande assoupi dans sa suffisance et son insuffisance…


            Alors, François, souviens-toi : refuser de voir le réel, adopter la posture de l’autruche, c’est le meilleur moyen de ne pas voir venir le coup de pied au cul…

  

Hubert Houliez

Par L'oiseau sur la branche - Publié dans : Actualité
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Mercredi 20 mars 2013 3 20 /03 /Mars /2013 18:36

            Nombreux sont ceux qui ont essayé de dire de quel pape ils rêvaient (comme si les rêves des hommes étaient à la mesure des desseins de Dieu), nombreux sont ceux qui voudraient deviner ce que sera son pontificat… Mais la grâce de l’instant présent, c’est ce qu’il dit ici et maintenant :

Homélie du pape François, lors de la messe d'inauguration de son pontificat le 19 mars 2013, en la fête de saint Joseph.

« Chers frères et sœurs !

            Je remercie le Seigneur de pouvoir célébrer cette Messe de l’inauguration de mon ministère pétrinien en la solennité de saint Joseph, époux de la Vierge Marie et Patron de l’Église universelle : c’est une coïncidence très riche de signification, et c’est aussi la fête de mon vénéré Prédécesseur : nous lui sommes proches par la prière, pleins d’affection et de reconnaissance.

            Je salue avec affection les Frères Cardinaux et Évêques, les prêtres, les diacres, les religieux et les religieuses et tous les fidèles laïcs. Je remercie de leur présence les représentants des autres Églises et Communautés ecclésiales, de même que les représentants de la communauté juive et d’autres communautés religieuses. J’adresse mon cordial salut aux Chefs d’État et de Gouvernement, aux Délégations officielles de nombreux pays du monde et au Corps diplomatique.

            Nous avons entendu dans l’Évangile que « Joseph fit ce que l’ange du Seigneur lui avait prescrit : il prit chez lui son épouse » (Mt 1, 24). Dans ces paroles est déjà contenue la mission que Dieu confie à Joseph, celle d’être custos, gardien. Gardien de qui ? De Marie et de Jésus ; mais c’est une garde qui s’étend ensuite à l’Église, comme l’a souligné le bienheureux Jean-Paul II : « Saint Joseph a pris un soin affectueux de Marie et s’est consacré avec joie à l’éducation de Jésus Christ, de même il est le gardien et le protecteur de son Corps mystique, l’Église, dont la Vierge sainte est la figure et le modèle » (Exhortation apostolique Redemptoris Custos, n. 1).

            Comment Joseph exerce-t-il cette garde ? Avec discrétion, avec humilité, dans le silence, mais par une présence constante et une fidélité totale, même quand il ne comprend pas. Depuis son mariage avec Marie jusqu’à l’épisode de Jésus, enfant de douze ans, dans le Temple de Jérusalem, il accompagne chaque moment avec prévenance et avec amour. Il est auprès de Marie son épouse dans les moments sereins et dans les moments difficiles de la vie, dans le voyage à Bethléem pour le recensement et dans les heures d’anxiété et de joie de l’enfantement ; au moment dramatique de la fuite en Égypte et dans la recherche inquiète du fils au Temple ; et ensuite dans le quotidien de la maison de Nazareth, dans l’atelier où il a enseigné le métier à Jésus.

            Comment Joseph vit-il sa vocation de gardien de Marie, de Jésus, de l’Église ? Dans la constante attention à Dieu, ouvert à ses signes, disponible à son projet, non pas tant au sien propre ; et c’est cela que Dieu demande à David, comme nous l’avons entendu dans la première Lecture : Dieu ne désire pas une maison construite par l’homme, mais il désire la fidélité à sa Parole, à son dessein ; c’est Dieu lui-même qui construit la maison, mais de pierres vivantes marquées de son Esprit. Et Joseph est « gardien », parce qu’il sait écouter Dieu, il se laisse guider par sa volonté, et justement pour cela il est encore plus sensible aux personnes qui lui sont confiées, il sait lire avec réalisme les événements, il est attentif à ce qui l’entoure, et il sait prendre les décisions les plus sages. En lui, chers amis, nous voyons comment on répond à la vocation de Dieu, avec disponibilité, avec promptitude, mais nous voyons aussi quel est le centre de la vocation chrétienne : le Christ ! Nous gardons le Christ dans notre vie, pour garder les autres, pour garder la création !

            La vocation de garder, cependant, ne nous concerne pas seulement nous les chrétiens, elle a une dimension qui précède et qui est simplement humaine, elle concerne tout le monde. C’est le fait de garder la création tout entière, la beauté de la création, comme il nous est dit dans le Livre de la Genèse et comme nous l’a montré saint François d’Assise : c’est le fait d’avoir du respect pour toute créature de Dieu et pour l’environnement dans lequel nous vivons. C’est le fait de garder les gens, d’avoir soin de tous, de chaque personne, avec amour, spécialement des enfants, des personnes âgées, de celles qui sont plus fragiles et qui souvent sont dans la périphérie de notre cœur. C’est d’avoir soin l’un de l’autre dans la famille : les époux se gardent réciproquement, puis comme parents ils prennent soin des enfants et avec le temps aussi les enfants deviennent gardiens des parents. C’est le fait de vivre avec sincérité les amitiés, qui sont une garde réciproque dans la confiance, dans le respect et dans le bien. Au fond, tout est confié à la garde de l’homme, et c’est une responsabilité qui nous concerne tous. Soyez des gardiens des dons de Dieu !

            Et quand l’homme manque à cette responsabilité, quand nous ne prenons pas soin de la création et des frères, alors la destruction trouve une place et le cœur s’endurcit. À chaque époque de l’histoire, malheureusement, il y a des « Hérode » qui trament des desseins de mort, détruisent et défigurent le visage de l’homme et de la femme.

            Je voudrais demander, s’il vous plaît, à tous ceux qui occupent des rôles de responsabilité dans le domaine économique, politique ou social, à tous les hommes et à toutes les femmes de bonne volonté : nous sommes « gardiens » de la création, du dessein de Dieu inscrit dans la nature, gardiens de l’autre, de l’environnement ; ne permettons pas que des signes de destruction et de mort accompagnent la marche de notre monde ! Mais pour «garder» nous devons aussi avoir soin de nous-mêmes ! Rappelons-nous que la haine, l’envie, l’orgueil souillent la vie ! Garder veut dire alors veiller sur nos sentiments, sur notre cœur, parce que c’est de là que sortent les intentions bonnes et mauvaises : celles qui construisent et celles qui détruisent ! Nous ne devons pas avoir peur de la bonté, et même pas non plus de la tendresse ! Et ici j’ajoute alors une remarque supplémentaire : le fait de prendre soin, de garder, demande bonté, demande d’être vécu avec tendresse. Dans les Évangiles, saint Joseph apparaît comme un homme fort, courageux, travailleur, mais dans son âme émerge une grande tendresse, qui n’est pas la vertu du faible, mais au contraire, dénote une force d’âme et une capacité d’attention, de compassion, de vraie ouverture à l’autre, d’amour. Nous ne devons pas avoir peur de la bonté, de la tendresse !

            Aujourd’hui, en même temps que la fête de saint Joseph, nous célébrons l’inauguration du ministère du nouvel Évêque de Rome, Successeur de Pierre, qui comporte aussi un pouvoir. Certes, Jésus Christ a donné un pouvoir à Pierre, mais de quel pouvoir s’agit-il ? À la triple question de Jésus à Pierre sur l’amour, suit une triple invitation : sois le pasteur de mes agneaux, sois le pasteur de mes brebis. N’oublions jamais que le vrai pouvoir est le service et que le Pape aussi pour exercer le pouvoir doit entrer toujours plus dans ce service qui a son sommet lumineux sur la Croix ; il doit regarder vers le service humble, concret, riche de foi, de saint Joseph et comme lui, ouvrir les bras pour garder tout le Peuple de Dieu et accueillir avec affection et tendresse l’humanité tout entière, spécialement les plus pauvres, les plus faibles, les plus petits, ceux que Matthieu décrit dans le jugement final sur la charité : celui qui a faim, soif, est étranger, nu, malade, en prison (cf. Mt 25, 31-46). Seul celui qui sert avec amour sait garder !

            Dans la deuxième Lecture, saint Paul parle d’Abraham, qui « espérant contre toute espérance, a cru » (Rm 4, 18). Espérant contre toute espérance ! Aujourd’hui encore devant tant de traits de ciel gris, nous avons besoin de voir la lumière de l’espérance et de donner nous- mêmes espérance. Garder la création, tout homme et toute femme, avec un regard de tendresse et d’amour, c’est ouvrir l’horizon de l’espérance, c’est ouvrir une trouée de lumière au milieu de tant de nuages, c’est porter la chaleur de l’espérance ! Et pour le croyant, pour nous chrétiens, comme Abraham, comme saint Joseph, l’espérance que nous portons a l’horizon de Dieu qui nous a été ouvert dans le Christ, est fondée sur le rocher qui est Dieu.

            Garder Jésus et Marie, garder la création tout entière, garder chaque personne, spécialement la plus pauvre, nous garder nous-mêmes : voici un service que l’Évêque de Rome est appelé à accomplir, mais auquel nous sommes tous appelés pour faire resplendir l’étoile de l’espérance : gardons avec amour ce que Dieu nous a donné !

            Je demande l’intercession de la Vierge Marie, de saint Joseph, des saints Pierre et Paul, de saint François, afin que l’Esprit Saint accompagne mon ministère et je vous dis à tous : priez pour moi ! Amen. »

 

Par L'oiseau sur la branche
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Lundi 4 février 2013 1 04 /02 /Fév /2013 14:34

II) L’ouverture au réel

 

 

Luc 11/34: "Ton œil est la lampe de ton corps. Lorsque ton œil est en bon état, tout ton corps est éclairé; mais lorsque ton œil est en mauvais état, ton corps est dans les ténèbres."

 

 

 

     Comme l’écrivit Joseph Pieper, « la réalisation du bien présuppose la connaissance de la réalité »[1]. Une action pour être réalisée en vérité doit être en adéquation avec le réel. Le chrétien doit avancer dans la vie les yeux grands ouverts, voir les choses telles qu’elles sont. Or, cela ne va pas de soi. La conscience, avant même d’être morale est simplement regard sur le monde. Mais elle n’est nullement passive : la conscience est toujours un acte. Certes, il est facile de se dire que, lorsque j’ouvre les yeux, je vois et c’est sans aucun doute vrai. Mais c’est insuffisant. Devant le même paysage, le peintre et le chasseur ne verront pas la même chose. Le peintre verra de grands équilibres de formes et de couleurs et ne percevra pas des détails qui focaliseront toute l’attention du chasseur : ce lièvre qui s’ébat dans la rosée et qui immédiatement a attiré son œil. Notre intérêt plus ou moins conscient, et par conséquent plus ou moins volontaire, oriente notre regard, le détermine. Il est de notre responsabilité de faire effort pour que notre conscience soit lucide. La conscience exige de nous un décentrement, un oubli de soi qui nous ouvre à recevoir en nous le réel dans toute sa richesse, même lorsqu’elle est blessante.

            Il est de notre devoir d’opérer ce décentrement. Le médecin ne saurait se contenter de ce qu’on lui a enseigné à l’université. Vouloir faire le bien, vouloir connaître ce qui est moralement commandé, ce qui est licite, ce qui ne doit jamais être fait ne suffira pas à faire un bon médecin – même si l’absence de ces dispositions fera à coup sûr un mauvais médecin -. Le bon médecin doit en outre, dans la mesure du possible, se tenir au courant des progrès de sa discipline et cela, pas seulement dans les domaines qui l’intéressent mais d’abord dans les domaines qui concernent sa pratique concrète. La bonne volonté incompétente ne saurait tenir lieu de justification. Si l’homme doit être conduit par ses propres jugements, il serait grave que ceux-ci ne soient pas motivés bien sur par une connaissance objective du bien et du mal (on y reviendra) mais aussi par une connaissance objective du réel dans lequel son action se déploiera. La conscience doit être une conscience incarnée. Il est du devoir du chrétien de tenter d’imaginer les circonstances que rendent probables sa profession, son milieu, ses activités diverses afin d’acquérir les compétences qui un jour peuvent lui être utiles.

            La conscience que nous avons du monde n’est pas infaillible, elle est même nécessairement partielle. Nous décidons de faire tendre notre regard vers tel ou tel objet. Celui-ci focalise notre attention et nous fait parfois perdre de vue le reste.

             Ce qui est vrai du regard que nous jetons sur le monde extérieur l’est aussi de celui que nous jetons sur notre monde intérieur. On sait que Jean-Paul Sartre a basé sur cette idée son analyse si fine de ce qu’il appelle la mauvaise foi et qui rejoint ce que Simone Weil appelait la mauvaise conscience. Mauvaise foi, mauvaise conscience, l’adjectif sonne souvent juste mais on peut préférer pour éviter un moralisme trop étroit, parler de conscience blessée ou de conscience douloureuse.

            De quoi s’agit-il ? La mauvaise foi selon Sartre consiste à refuser délibérément de considérer des réalités qui nous gênent, à délibérément refuser de considérer notre liberté face aux choix qui s’offrent à nous. C’est un mensonge à soi-même. Il est rendu possible par le fait que c’est nous qui tournons volontairement notre conscience vers les objets que nous choisissons parfois pour éviter de considérer ce qui nous gêne. On ne peut pas nier que de tels comportements existent. Un exemple sera plus parlant. Considérons le cadre d’une entreprise. Il surprend involontairement une conversation qui lui révèle un acte de corruption. Cela le gêne car s’il parle, il risque sa carrière ; mais en même temps, il réprouve la corruption. La mauvaise foi consistera à se représenter les hypothèses avantageuses : il a mal compris, ou encore : on ne peut dénoncer des actes sur une impression peut-être fausse ; mieux vaut se focaliser sur sa tâche à lui et éviter de croiser à nouveau les personnes qu’il a surprises. A ce jeu, on parvient d’abord à se tromper, ensuite à oublier, à force de se mentir à soi-même, le jeu de la mémoire fait qu’on devient dupe de soi-même. En ce sens, la mauvaise foi est un comportement moralement mauvais, d’autant plus qu’il fait disparaître le sentiment de culpabilité qui, seul, peut nous amener au repentir et au pardon.

            Mais il existe aussi une conscience douloureuse, un refus de regarder les choses en face qui n’est pas motivé par un intérêt égoïste mais par la crainte de la souffrance, d’une souffrance qu’on connaît trop bien. De cet ordre est l’attitude de la victime d’abus qui s’efforce de ne pas y penser pour ne pas raviver une souffrance qu’elle a réussi à écarter de sa conscience. De cet ordre est l’attitude de celui qui a été déçu, abandonné et qui refuse de voir les attentes d’une personne qui l’aime car il a peur d’être à nouveau déçu. Devant de telles attitudes, le jugement moral n’est pas de mise mais plutôt la compassion. Néanmoins, ces attitudes nous empoisonnent, incontestablement. Ce sont ces refus de voir la réalité en face qui occasionnent tant de troubles psychiques et conduisent aux pitoyables ruses de la psychanalyse. Celle-ci n’est peut-être rien d’autre qu’une manœuvre de mauvaise foi pour sortir de la mauvaise foi.

            Vivre en homme conscient, c’est ouvrir les yeux sur la réalité, qu’elle soit douloureuse ou belle. Qu'elle soit douloureuse ou belle : plus nombreux qu’on ne le croit sont les hommes qui refusent d’ouvrir les yeux sur les belles choses par une subtile forme d’orgueil qui consiste à ne pas vouloir passer pour dupe ou naïf. Dans ses formes extrêmes, une telle attitude confine au cynisme qui n’est rien d’autre qu’une conscience partielle focalisée sur les mauvaises intentions, les défauts, la malice. Mais à tout regarder d’un œil soupçonneux on se condamne à ne rencontrer que ces attitudes tant il est vrai qu’on recueille ce que l’on sème.

 

(A suivre)



[1] Petite anthologie des vertus du cœur humain, Editions Raphael, Le Mont Pelerin, 2003.

Par L'oiseau sur la branche
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Créer un blog gratuit sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur - Signaler un abus - Articles les plus commentés