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Mercredi 9 mai 2012 3 09 /05 /Mai /2012 10:07


J'ai trouvé hier dans la revue scoute de mes enfants ce beau texte de 1959 relatant la création de la Fédération du Scoutisme Européen à Cologne à la Toussaint 1956, il exprime l'esprit qui devrait animer (au sens de donner un âme) les chrétiens dans le souvenir de la guerre:


     "Des garçons et des filles se sont dit qu'il était impossible que l'on recommence tous les vingt ans à se dresser les uns contre les autres, et que des millions d'orphelins attendent à leur tour de partir pour une nouvelle guerre... Face à des monceaux de cadavres poussés par les bulldozers, aux villes rasées, aux gosses brûlés par le napalm... Quelque chose en nous s'est dressé, criant: Assez!


     Nous nous sommes engagés de toutes nos forces dans cette bataille contre ceux qui veulent faire germer entre nous la méfiance et la haine. Avec seulement notre sourire et nos mains ouvertes, et le peu que nous possédons, un coeur d'être humain libre et loyal, nous sommes allés vers les autres [...]


     Réformés, orthodoxes, catholiques, nous avons voulu seulement rappeler que le Christ est mort pour tous. Nous avons seulement voulu voir dans l'autre le chrétien, l'homme que Dieu aime"


Revue Passat, décembre 1959.




Par L'oiseau sur la branche
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Lundi 7 mai 2012 1 07 /05 /Mai /2012 22:06

Mgr-Podvin.jpg

Pour Monseigneur Podvin l'Eglise doit être libre face à tout pouvoir politique:

"L’Église doit conserver la liberté de dire ce qu’elle rejette, même si cela doit l’amener à s’opposer à la nouvelle majorité :

ce n’est pas parce qu’une opinion est majoritaire qu’elle est bonne pour l’homme".

L'Eglise de France sera notamment particulièrement vigilante sur la liberté scolaire.

C'est à lire sur le site du journal La Croix:

link

Par L'oiseau sur la branche - Publié dans : Actualité
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Lundi 7 mai 2012 1 07 /05 /Mai /2012 07:34

Hollande.png

La situation de la France, ce matin, est paradoxale.

   Elle a porté au pouvoir un homme sans grande envergure. Ce n’est pas lui faire injure que de le dire : il en a lui-même fait un argument de campagne: ne s’est-il pas lui-même annoncé comme un « Président normal » ? Un homme qui, jamais, ne serait parvenu où l’ont porté ses électeurs (et les abstentionnistes) sans le désarroi provoqué au PS par l’éviction abracadabrantesque de Monsieur Strauss-Kahn.

   Dois-je dire ma perplexité au soir du premier tour ? Un bloc de gauche étonnamment bas et l’annonce d’un raz de marée pro Hollande au second tour… Quelque chose, là-dedans, d’illogique, d’un peu absurde.

   Et puis ce qu’il faut bien qualifier de dévissage dans les intentions de vote dans les quinze jours qui ont suivi… Dévissage que n’ont pas enrayé le débat ni même le ralliement incompréhensible de François Bayrou ; bien au contraire. Avec un peu d’amertume, on se dit que quelques jours – ou quelques débats – de plus auraient eu raison de sa candidature. Monsieur Hollande ne voulait pas d’une victoire étriquée, c’est ce que les Français lui ont donné. Il fallait voir la figure de Madame Aubry sur le plateau de la première chaîne hier soir, pas vraiment une tête de vainqueur…

Pourquoi ?

   Comment expliquer cela ? C’est la séquence Bayrou qui nous en donne la clef. Le béarnais a mis en scène ce qui s’est passé plus ou moins consciemment dans la tête de beaucoup de Français : l’éclipse de l’intérêt de la France par la haine et le ressentiment. C’est le rejet de l’homme Sarkozy qui explique la victoire de son adversaire. Je dis « de l’homme » et non du Président, car un moment viendra, pas si lointain, où l’on rendra justice à sa détermination et à son courage. Je le dis alors que je n’ai jamais été un inconditionnel. J’y reviendrai dans les jours qui viennent.

Il n’y a pas d’adhésion au projet de Monsieur Hollande.

   Et maintenant ? La gauche ne doit pas s’illusionner sur le mouvement qui l’a porté au pouvoir. IL N’Y A PAS d’adhésion à son programme, moins encore à celui de Monsieur Mélenchon, ce dont celui-ci ne semble pas très conscient au vu de son arrogance sur le plateau de TF1 hier soir. Monsieur Hollande devrait adopter un profil bas, sous peine de le regretter très vite.

   N’en déplaise à la presse, il n’y a pas de parallèle avec 1981. En 1981, la France se donnait à un homme qui lui avait fait briller les yeux. Elle l’a refait en 2007. En 2012, la France ressemble à une femme déçue qui, par dépit, se jette dans les bras du premier venu.

   Si François Hollande ne sait pas voir cela, lui et, hélas, la France, iront vers des jours douloureux… Quand bien même il le verrait, saura-t-il, aura-t-il la force de caractère pour mener la politique qui s’impose ?

   Monsieur Hollande - dont beaucoup me disent qu’il n’est pas de gauche - risque d’être prisonnier de ses promesses démagogiques, prisonnier de la surenchère mélenchoniste, de la soif de revanche de ses soutiens (17 ans qu’on attendait ça !), du sectarisme étroit de ses troupes, des revendications d’une multitude de groupes qui attendent la sacro-sainte « reconnaissance ». Le contrôle de tous les leviers du pouvoir par le PS ne risque pas d'arranger les choses. La presse ne va pas l’aider à voir la situation en France, elle est elle-même aveuglée par l’idéologie et plus encore la haine de la droite et… hélas… de la France.

   Alors, maintenant ? Une amie hier soir confiait à une autre amie avoir « voté Hollande » et se demander après coup si c’était vraiment ce qu’il y avait à faire en période de crise… Beaucoup de Français se poseront cette question dans les jours et les semaines qui viennent. Cela tombe bien, ils auront bientôt à élire des députés. Si la droite parlementaire et le centre savent rester unis, les Français pourront nuancer encore le message, voire l’inverser.

Par L'oiseau sur la branche - Publié dans : Actualité
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Mercredi 2 mai 2012 3 02 /05 /Mai /2012 18:34

 

 

 

   

La mode semble être chez certains cathos, minoritaires, à l'abstention...Voici un exemple démontrant que la lecture assidue de Léon Bloy et Georges Bernanos affute la plume mais pas l'intelligence politique: link. Il y en a d'autres, à la plume moins flamboyante et plus respectueuse, mais je les aime bien alors je ne les livrerai pas en pâture... Lui, il m'a vraiment énervé avec ses grands airs et son "non possumus"... (Non possumus fut la réponse des chrétiens persécutés par Dioclétien à sa demande de renier le Christ: "Nous ne pouvons pas"; non possumus qu'ils payèrent de leur vie. Comparer le vote Sarkozy à cela laisse entendre que celui qui votera Sarkozy renie sa foi chrétienne, c'est proprement inadmissible). On nous dit que, certes, avec Hollande, on va vers des réformes libertaires qui nous enfonceront de plus en plus vers la civilisation de mort mais que chez Sarkozy, c'est la droite bourgeoise, la droite d'argent qui triomphera... Alors, moi qui ai voté Bayrou au premier tour, que vais-je faire? Eh bien, je vais voter Sarkozy.

 

Je respecte ceux qui me disent qu'ils s'abstiennent pour telle et telle raison que je ne comprends pas mais bon, on ne peut pas tout comprendre. Charles Vaugirard a dit à ce sujet ce qu'il fallait dire: link.

 

Je respecte ceux qui me disent qu'ils votent Hollande parce que, pour défendre la vie commençante ou la vie du vieillard, il faut avoir le souci de la vie entre le début et la fin, celle des plus pauvres (même si je suis convaincu qu'en croyant servir les pauvres en votant socialiste, ils se mettent le doigt dans l'oeil jusqu'au coude).

 

En revanche, ceux qui caricaturent leurs adversaires en en faisant des Tartuffes qui parlent respect de la vie en pensant compte en banque, ceux-là, ils commencent à me sortir par les trous de nez. Qu'ils donnent leurs arguments pour s'abstenir mais qu'ils ne prétendent pas connaître le for interne de "l'adversaire".

 

Au premier tour, on choisit, au second...

  

Au premier tour on choisit, pour moi, ça a été François Bayrou qui me paraissait plus à même de pacifier les esprits, d'assurer un équilibre des finances, d'apporter le changement dans la sécurité. Davantage capable surtout d'incarner la France que j'aime, une France riche de ses diversités, une France de la culture humaniste et chrétienne, une France de l'équilibre, une France sans arrogance... J'apprécie sa vision de l'éducation, sa volonté d'assainissement de la vie publique, d'assurer une vraie indépendance des media. J'ai donc voté pour lui comme en 2007, malgré ma déception devant son refus de choisir son camp... J'aurais peut-être voté Hervé Morin, s'il s'était présenté, avec la nostalgie, tout de même, d'un vrai grand centriste, Raymond Barre... Mon premier bulletin de vote fut pour lui, en 1988...

 

Au premier tour on choisit, au deuxième, on élimine.

 

Alors pourquoi éliminer Hollande?

 

Pour des raisons d'abord économiques. Cathos, ne faites pas la fine bouche, méditez ce qu'écrivait Saint Thomas d'Aquin: "mieux vaut être pauvre dans un pays riche que riche dans un pays pauvre". On ne peut pas rester seulement dans des considération éthérées. La France croule sous une administration pléthorique, sous un endettement qu'il faudra résorber tôt ou tard, elle a habitué les gens à un assistanat sans équivalent. Quand nous serons dans la situation de la Grèce, ce seront les plus pauvres qui paieront... Et sur ce point Hollande ne propose qu'une aggravation de ces maux. On dira qu'il sera plus réaliste une fois au pouvoir... Voire... Avec Mélenchon en embuscade, le troisième tour social sera redoutable...

 

Le débat d'hier soir a d'ailleurs été instructif. A lire les commentaires des uns et des autres, on ne sait pas qui a gagné. Vraiment? Certes, personne ne s'est écroulé dans les cordes. Et sur la forme Hollande a gardé son assurance, son arrogance de vainqueur prédésigné par une classe médiatique complaisante. Pour employer l'expression de Monsieur Chirac, il y a longtemps, face à Monsieur Fabius: Monsieur Hollande s'est comporté en roquet allant même jusqu'à couper le Président dans sa conclusion au mépris des règles du débat. Alors si on juge un débat à la capacité de garder la tête haute face à l'adversaire, à la hargne, à la pugnacité, alors, sans doute, le match était équilibré. On est bien en présence de deux fauves politiques. Et, oui, derrière son air bonhomme un peu trompeur, Monsieur Hollande est capable d'être méchant et de mordre. Non, ce n'est pas Flanby...

 

Mais le vrai problème n'est pas là. Le problème est de savoir si François Hollande est capable d'être président. En gros: est-il capable d'être autre chose qu'un capitaine de pédalo? Pour reprendre l'aimable expression de son soutien, Monsieur Mélenchon.

 

Sur ce point, oui, le débat a été instructif. Je ne prendrai que deux exemples. Le nucléaire et le redressement des comptes publics.

 

Sur le nucléaire, le candidat des socialistes, des communistes, des trotskistes et des verts a été incapable de justifier son choix. Devant l'énormité de ses engagements à l'égard des verts, il précise qu'en cinq ans ce ne sera qu'une centrale qui sera fermée... Mais au-delà? Après moi le déluge? La démonstration de Monsieur Sarkozy est imparable. Au moment où les énergies fossiles se raréfient l'attitude de François Hollande est proprement irresponsable. Mais derrière, il y a autre chose. Monsieur Hollande ne se sent pas lié par un accord signé par Monsieur Sapin en son nom. Ah, vous avez cru que j'étais tenu par cet engagement, mais non, c'est pas moi, c'est lui. Comme capitaine, Monsieur Hollande a au moins une capacité, celle de louvoyer... Alors il tire des bords, c'est plus confortable et ça peut masquer la direction prise: un peu à droite, un peu à gauche... Mais pour ce qui est de hisser les couleurs, clairement, franchement, il n' y a plus personne. Comme les forbans de la marine à voile, il est prêt à afficher les couleurs que l'autre veut voir: bleu, blanc, rouge pour les électeurs du centre; rouge pour Mélenchon; vert pour Eva Joly; rose pour ses partisans. Et finalement quand l'abordage est fait, il est trop tard.

 

Sur les comptes publics. Comment fera-t-il des économies en embauchant autant d'enseignants? Monsieur Sarkozy le lui demande et Monsieur Hollande répond qu'il y aura plus de policiers et pas moins d'infirmières. Bien. Où les économies seront-elles faites? On n'en saura pas plus. Et sur le chiffrage de ces embauches, il expose leur coût sur les cinq ans, oubliant qu'évidemment ce seront des salaires qu'il faudra verser quarante ans et plus sans compter les retraites qui vont avec... Après moi, le déluge, encore une fois...

 

Quelle genre de capitaine sera-t-il? Un capitaine de pédalo qui sort un vaisseau en haute mer par tempête et s'excuse en disant: de toute façon quand on prendra l'eau, je ne serai plus à la barre...

 

Et en plus de celà, il faudrait avaler toutes les entorses que l'on sait aux principes dits non négociables.

 

 Le bilan du quinquennat.

 

 Mais bon, en face, à en croire certains, ce serait l'abomination de la désolation, un espèce d'anti-Robin des bois qui vole dans la poche des pauvres pour donner aux riches; un ogre qui mange les petits immigrés dans les centres de rétention. Je n'ai pas aimé certains discours de Sarkozy, pas aimé l'épisode du yacht, pas aimé du tout sa stigmatisation des Roms, mais le constat est tellement caricatural que je ne peux pas laisser passer, alors je vous invite à aller lire cela et vous verrez que si on peut discuter tel ou tel choix, on ne peut pas faire de Sarkozy le monstre qu'on nous présente: link.

 

Hollande rassembleur?

 

On me dira, mais Hollande rassemble, Sarkozy divise. Facile... Hollande ne rassemble pas: il dit oui à tous ceux de son camp qui lui demandent quelque chose. Il ne rassemble pas: il mobilise. Pas les Français, non, il mobilise son camp. Qu'importe que ces promesses soient incompatibles, on verra lesquelles on tient après les législatives... Pour l'instant tout le monde est content. En public on fait des promesses vagues et consensuelles, en privé des promesses ciblées, quitte à dire après "Ah, mais c'est Sapin qui a signé, pas moi..." Mais toutes les promesses ne pourront pas être tenues. Il y aura des pleurs et des grincements de dents à gauche si Monsieur Hollande gagne. J'espère que ceux qui pleureront le feront dans leur drapeau rouge mais je n'y crois pas. Hollande cédera au premier froncement de sourcil de la CGT qui lui dira: "François, qui t'a fait roi?".

 

Rassembleur, Hollande? Allons donc. Le CNAL, Comité National d'Action Laïque a reçu un engagement écrit de la part de Monsieur Hollande pour couper le financement de l'enseignement libre par les communes et pour remettre en question la reconnaissance des diplômes des facultés catholiques... Vous lisez bien: Monsieur Hollande qui se pose en rassembleur est prêt à rallumer la guerre scolaire pour complaire à un goupuscule nostalgique de la III° République dans ce qu'elle avait de plus étroit d'esprit... C'est à lire sur le site du journal La Croix: link. C'est celà la gauche moderne?

 

Celui qui ne choisit pas, qu'il ne se plaigne pas ensuite.

 

Alors, pardon de "culpabiliser" ceux des cathos qui prétendent ne pas pouvoir voter parce que le bulletin Sarkozy tache les doigts : ils font le jeu de Hollande. C'est leur droit mais qu'ils nous épargnent leurs vapeurs de vierges effarouchées. On ne me fera pas croire qu'entre deux maux, il n'y en ait pas un moindre à leurs yeux. Et quand on aura bu jusqu'à la lie la mauvaise piquette socialiste, j'espère qu'ils auront la décence de se taire.

 

Quand on n'a pas le courage de choisir, on ne fait pas la morale aux autres. On ne vitupère pas un monde qu'on a déserté pour se retirer dans sa citadelle cathare. Question de décence.  

Par L'oiseau sur la branche - Publié dans : Actualité
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Mercredi 2 mai 2012 3 02 /05 /Mai /2012 16:37

 

Le chrétien doit-il s’opposer au libéralisme ? La question est délicate du fait de la polysémie du mot. Un chrétien libéral est quelqu’un qui ne se considère pas lié par l’autorité des Ecritures qu’il s’emploiera à relativiser. Un catholique libéral, cela désigne quelqu’un qui ne se considère pas lié par l’autorité du magistère. Dans ces deux cas, le « libéral » est donc suspect d’hérésie aux yeux d’un catholique orthodoxe. Néanmoins le même catholique fidèle au magistère sera en principe révulsé à l’idée d’user de coercition pour imposer la stricte orthodoxie et rejoindra ainsi une position libérale. Par ailleurs nombre de catholiques fidèles au magistère sont partisans d’un certain libéralisme économique considérant comme inefficaces voire  illégitimes un certain nombre d’interventions étatiques. D’autres catholiques tout aussi fidèles au magistère leur opposeront des textes condamnant le libéralisme. Il ne s’agit plus aujourd’hui de crypto-marxistes mais souvent de chrétiens à juste titre indignés par certains aspects de notre société.

Leon-XIII.jpgLéon XIII

 

Qu’affirme donc la Doctrine Sociale de l’Eglise ? Alors que le socialisme et le communisme sont très nettement condamnés à plusieurs reprises, et parfois dans des termes sans équivoque, le libéralisme est toujours attaqué de biais, avec des précautions qui indiquent que l’attaque porte sur des pratiques dites libérales et non sur une doctrine en tant que telle. (Doctrine qu'on aurait d'ailleurs du mal à identifier tant peuvent être éloignés entre eux des auteurs revendiqués comme libéraux; ne citons par exemple que Hayek, Aron et Rawls). La condamnation du libéralisme associe presque toujours à ce mot, soit un adjectif (« libéralisme manchestérien » - l'école de Manchester prônait le laisser-faire - dans Quadragesimo anno), soit une brève définition de ce qu’il faut entendre par ce mot (comme dans Octogesima adveniens). Rappelant, au début de Quadragesimo anno, l’enseignement de Léon XIII dans Rerum novarum, Pie XI écrit que ce pape « ne demande rien au libéralisme, rien non plus au socialisme, le premier s’étant révélé totalement impuissant à bien résoudre la question sociale, et le second proposant un remède pire que le mal, qui eût fait courir à la société humaine les plus grands dangers ». La dissymétrie est on ne peut plus nette. On objectera Paul VI : dans Populorum progressio, le libéralisme condamné est clairement circonscrit : c’est un libéralisme « sans frein » considérant « le profit comme motif essentiel du progrès économique, la concurrence comme loi suprême de l’économie, la propriété privée des biens de production comme un droit absolu, sans limites ni obligations sociales correspondantes ». Cela fait un portrait du libéral dans lequel tous ne se reconnaîtront pas, moins encore dans celui dressé par le même pape dans Octogesima adveniens : « l’idéologie libérale, qui croit exalter la liberté individuelle en la soustrayant à toute limitation, en la stimulant par la recherche exclusive de l’intérêt et de la puissance, et en considérant les solidarités sociales comme des conséquences plus ou moins automatiques des initiatives individuelles et non pas comme un but et un critère majeur de la valeur de l’organisation sociale ». Ce libéralisme existe, il n’est pas le seul. Quelques paragraphes plus loin, le pape se montre réticent devant l’engagement des chrétiens dans le renouveau libéral au nom de principes que pourtant lui-même défend : défense contre l’emprise des organisations, contre les tendances totalitaires des pouvoirs politiques, maintien et développement de l’initiative personnelle. Contre quoi met-il en garde ? Contre l’oubli que « dans sa racine même, le libéralisme philosophique est une affirmation erronée de l’autonomie de l’individu, dans son activité, ses motivations, l’exercice de sa liberté ». Le libéralisme condamné par l’Eglise, c’est celui-là : l’affirmation de l’autonomie de l’individu. L’affirmation que l’individu peut être à lui-même sa propre loi. Alors que l’Eglise défend l’idée de l’homme comme personne, être en relation avec Dieu et ses semblables et soumis à la loi de Dieu qui n’est autre que la loi de sa propre nature. Ceux qui se reconnaissent libéraux adhèrent-ils tous à ces positions condamnées, en d’autres termes sont-ils tous libéraux au sens défini par le pape ? Assurément non. D’où la nécessité du discernement auquel nous appelle Paul VI à la fin du passage évoqué. Ajoutons ces mots de Benoît XVI préfaçant un ouvrage de l’ancien président du sénat italien : « Marcello Pera démontre comment l’éthique libérale possède un lien de parenté interne avec la doctrine chrétienne du bien et comment toutes les deux peuvent et doivent être largement associées dans la sauvegarde de l’homme »[1]. On est aux antipodes d’une condamnation sans nuance du libéralisme. Cela doit nous amener à opérer une distinction absolument nécessaire entre le mot et la chose. Nombreux sont ceux qui se revendiqueront libéraux sans se reconnaître dans tel ou tel aspect du libéralisme. Les libéraux ne sont d’ailleurs pas nécessairement d’accord entre eux (ou avec eux-mêmes…) sur les implications concrètes de leur libéralisme.

De fait, il n’y a pas un mais des libéralismes. La question qui permet d’orienter le discernement est la suivante : pourquoi le libéral au sens le plus général du terme donne-t-il le primat à la liberté et se défie-t-il de l’autorité ? Cette option peut-être motivée de plusieurs manières, c’est ainsi que je distinguerai quatre formes de libéralisme que je nommerai :

Libéralisme sceptique ou relativiste

Libéralisme dogmatique ou évolutionniste

Libéralisme de défiance

Libéralisme de tolérance et libéralisme de « vivre ensemble »

Chacun de ces libéralismes a ses propres raisons de privilégier la liberté. Parfois certains libéraux vont puiser aux diverses sources.

Le libéralisme sceptique affirme qu’il est objectivement impossible de savoir ce qu’est le bien de l’homme et que par conséquent toute autorité (dans la mesure où il en tolère une) doit laisser les individus s’orienter par eux-mêmes. Ce scepticisme peut être plus ou moins radical, s’appliquer seulement à des choix prudentiels délicats ou encore s’attaquer à la racine même des notions de bien et de mal. C’est la forme la plus radicale de ce libéralisme qui fait sans cesse l’objet des condamnations du magistère. A son sujet, Benoît XVI emploie de préférence l’expression de relativisme. A l’inverse lorsque Paul VI dans Octogesima adveniens reconnaît la légitimité d’une pluralité d’options politiques pour les catholiques il souscrit à une forme modérée de ce libéralisme qui consiste à reconnaître qu’une fois saufs certains grands principes, il n’y a pas de certitude quant aux moyens à utiliser pour les mettre en œuvre.

Adam-smith.jpgAdam Smith

 

Le libéralisme dogmatique repose sur la confiance dans les mécanismes du marché, c’est la fameuse thèse de la main invisible. Friedrich Hayek[2]confère à ces mécanismes une ampleur inégalée : la société tout entière et non seulement la sphère économique obéissant à une évolution résultant de processus plus complexes que ceux que la raison humaine peut maîtriser. Un des pères de cette confiance est évidemment Adam Smith[3], un autre en est Emmanuel Kant[4]dans L’Idée d’une Histoire universelle d’un point de vue cosmopolite. Cette confiance est parfois absolue comme chez Bernard Mandeville[5]qui pose l’affirmation célèbre : vices privés, bonheur public : que chacun poursuive aveuglément ses intérêts et l’harmonie en découlera. Pour d’autres, l’harmonie résulte du respect par les individus de la loi naturelle, c’est le cas pour Frédéric Bastiat[6], par exemple. Il reste que pour eux, l’Etat est un intrus qui ne peut que fausser les mécanismes du marché : son intervention relèverait d’une présomption fatale et serait la route de la servitude pour reprendre les mots de Friedrich Hayek. La doctrine sociale de l’Eglise refuse cette confiance absolue et admet un rôle subsidiaire de l’Etat sans pour autant diaboliser les mécanismes du marché. C’est ainsi que, récemment, certains économistes ont pu accuser Jean-Paul II et Benoît XVI de s’être ralliés au libéralisme. Ces papes n’ont fait que reconnaître les acquis de la science économique. Pour donner un exemple, fixer des prix autoritairement conduit par à des pénuries ou à bloquer l’innovation : l’observation empirique corrobore ici la théorie libérale.

 

montesquieuCharles-Louis de Secondat de La Brède de Montesquieu

 

Le libéralisme de défiance est une réaction contre le pouvoir que l’homme peut exercer sur l’homme. (On connaît le jugement de Montesquieu[7] : « le pouvoir corrompt », et moins l’ajout de lord Acton[8] : « le pouvoir absolu corrompt absolument »). La liberté sera donc la soumission non à l’homme mais au pouvoir impersonnel de la loi. Cette conception individualiste, plus que libérale, refusant les relations de subordination d’une société organique va conduire paradoxalement à des conceptions libérales et à leur contraire : l’exaltation d’une part de l’Etat de droit, d’autre part de l’Etat comme garant de la volonté générale, ce qui est la tendance rousseauiste. La défiance envers la domination de l’homme sur l’homme va conduire à ce qui est le trait peut-être le plus caractéristique de la politique moderne – et le plus mortifère - : le face à face de l’individu et de l’Etat. Deux abstractions hypostasiées. Naîtra en réaction une forme de libéralisme nouveau, parfois libertarien par défiance à l’égard cette fois de l’emprise de l’Etat qui tend à nier les libertés légitimes des individus, il s’agit de protéger l’homme du plus froid des grands monstres froids pour paraphraser Nietzsche. C’est une attitude pragmatique. Celle des chrétiens évoqués par Paul VI au numéro 35 d’Octogesima adveniens. Encore une fois, l’attitude du magistère est mesurée. On l’a vu dans un précédent article : Benoît XVI reprend à son compte l’idéal de l’Etat de droit. Et l’attitude des évêques américains face à la tentative de l’administration Obama d’imposer à l’Eglise des actes contraires à ses valeurs morales s’inscrit dans une logique libérale, elle est soutenue par les libertariens pourtant souvent aux antipodes des convictions catholiques. Néanmoins l’Eglise a toujours affirmé la nécessité en vue du bien commun de la soumission à des autorités.

 

496PX--1.JPGThomas d'Aquin, émail de Limoges, vers 1600. Musée Paul-Dupuis, Toulouse.

 

Le libéralisme de tolérance est une attitude à la fois dogmatique et pragmatique. Il reconnaît l’existence d’un bien objectif de l’homme, mais sa nature est de n’être un bien pour lui que dans la mesure où l’homme s’oriente librement vers ce bien. L’homme doit donc le plus souvent être laissé à son propre jugement, au jugement de sa conscience. Ainsi l’exige la dignité de la personne. La liberté socio-civique doit être respectée mais dans le même temps, moralement, la personne est tenue de chercher le vrai et le bien. Le principe libéral trouve sa limite devant les comportements qui empêchent les autres de s’orienter vers le bien objectif. On renverra là à la parabole du bon grain et de l’ivraie et à la notion catholique de structures de péché. Libéral s’apparente alors au sens ancien de ce mot qui désigne une certaine générosité. Ce libéralisme de tolérance (au sens de Thomas d’Aquin : il faut tolérer le mal lorsque sa répression entraînerait des maux plus grands que ceux qu’on voudrait combattre) est rendu crucial par le multiculturalisme de nos sociétés. Dans la pratique, il peut ressembler au libéralisme sceptique. Ainsi la doctrine de la liberté religieuse peut-elle s’accommoder d’une laïcité ouverte, ce que le magistère qualifie de « saine laïcité ».

Le libéralisme s’enracine donc à la fois dans un terreau rationnel (le scepticisme naît, dans ses formes les plus radicales, d’un usage faussé de la raison raisonnante) et dans un terreau affectif  (confiance dans les mécanismes naturels du marché qui s’apparente à une véritable foi quasi naturaliste ; défiance envers l’homme détenteur d’un pouvoir ou envers l’Etat. On peut ajouter que cette défiance entre dans une certaine mesure en résonnance avec le dogme du péché originel). On le voit la question est donc complexe et il convient pour porter un jugement chrétien sur le libéralisme de bien discerner ce dont il est question.

    A suivre...



[1] Marcello Pera, Pourquoi nous devons nous dire chrétiens, Le libéralisme, l’Europe et l’éthique, Paris, Parole et silence, 2011.

[2] Economiste, 1899-1992, il est considéré comme inspirateur des politique de M. Thatcher et R. Reagan.

[3] Economiste, 1723-1790.

[4] Philosophe, 1724-1804.

[5] Médecin et philosophe, 1670-1723

[6] Economiste, 1801-1850.

[7] 1689-1755

[8] Historien et homme politique britannique, 1834-1902.

Par L'oiseau sur la branche - Publié dans : Ethique sociale
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